Les prénoms masculins de nos ancêtres

Polycarpe ? Engelbert ? Esprit ?

Je continue mon inventaire des prénoms de mes ancêtres avec les prénoms masculins !

Quasiment à égalité, on trouve une soixante de Jean ( parfois écrit Jehan pour les plus anciens) dans toutes les régions. Puis on trouve une trentaine de Jacques et de Louis  (surtout dans le Nord et en Drôme/Ardèche), de François et d’Antoine ( répartis dans toutes les régions), de Joseph (un peu partout mais très souvent dans le Nord) ; une vingtaine d’Etienne (en grande majorité en Ardèche, quelques-uns en Bourgogne mais pas du tout ailleurs) et de Claude (Drôme-Ardèche et Bourgogne) ; une dizaine de Guillaume (surtout dans le sud), de Jean-Baptiste (dans le Nord) et d’Henri (ou Henry) ( en Lorraine et Drôme/Ardèche). Puis environ 6 Benoît, André, Mathieu et Nicolas.

On remarque certains prénoms que l’on retrouve plusieurs fois mais dans une seule région : Cornil et Thomas dans le Nord ; Daniel, Simon et Samuel en Drôme/Ardèche ; Esprit dans le sud ; Edmé ,Emiland et Léonard en Bourgogne ; Marien en Auvergne, Manuel et Juan en Espagne

Top 16 donc dans l’ordre :

Jean

Pierre

Jacques

François

Louis

Antoine

Joseph

Etienne

Claude

Guillaume

Jean-Baptiste

Henri

Benoît

André

Matthieu

Nicolas

 

Voici le top 3 (dans l’ordre) par région :

Drôme/Ardèche : Pierre – Jean – Etienne

Vaucluse : Matthieu – Joseph – François

Auvergne : Jean – Antoine – François

Lorraine : Jean – Nicolas – Henri

Bourgogne : Jean – Pierre – Claude

Nord/Belgique : Pierre – Joseph – Jacques

Espagne : Manuel – Juan et ex aequo Alfonso et Gines.

 

Mais on trouve aussi (moins de 6) des Adrien, Adolphe, Antonio, Arnaud, Ambroise, Auguste, Alexis, Auguste, Augustin, Amable, Alexandre, Benjamin, Charles, Cyprien, Denis, Désiré, Damien, Daniel, David, Dominique,  Elie, Ernest, Edmond, Florentin, Félix, Ferdinand, Francisco, Firmin, Gérard, Georges, Ginès, Geronymo (Jérôme en espagnol), Grégoire, Guy, Guislain, Gaspard, Gilbert, Gabriel, Hubert, Julien, Jules, José, Juan, Jusepe, Jérémy, Martin, Manuel, Marcos, Marc, Michel, Maurice, Nicolas, Noël, Noë, Paul, Philippe, Pascal, René, Régis, Robert, Sébastien, Simon, Samuel, Thomas, Victor…

 

Et des prénoms qui peuvent être plus surprenants ou moins courants :

Comme Antide, Abraham, Annet (ou Anné), Barthélémy, Blaise, Callixte, Cornil, Engelbert, Esprit, Edmé, Emiland, Gédéon, Gervais, Huguenin, Ignace, Isaac, Josse, Modeste, Marien, Polycarpe, Rosalie (pour un homme), Semiramis, Saturnin, Toussaint …

Les prénoms féminins de nos ancêtres.

Gélasie ? Pharaïlde ? Théodosie ?
Après avoir fait mon listing des métiers de mes ancêtres, une lectrice m’a écrit que ce serait intéressant aussi d’aller jeter un œil du côté des prénoms !
Alors je suis allée voir ça d’un peu plus près et voici le résultat de mes recherches. Les régions que l’on retrouve dans notre généalogie sont : Drôme/Ardèche ; Vaucluse ; Auvergne ; Bourgogne ; Lorraine ; Nord/Belgique ; Espagne. Il y avait aussi des pieds noirs en Algérie mais qui venaient du Vaucluse ou d’Espagne.
Je commence donc par les prénoms féminins.
Je m’attendais bien sûr à une forte présence de Marie (80) et effectivement c’est le prénom qui arrive en première place et que l’on retrouve dans toutes les régions. J’ai été surprise de retrouver après Marie de nombreuses Jeanne (60) un peu partout mais beaucoup en Drôme/Ardèche. Ensuite (environ 30) Anne, Marguerite et Catherine. Une vingtaine de Françoise (réparties dans toutes les régions), d’Antoinette et de Marianne. Beaucoup de Marianne en Drôme/Ardèche/Vaucluse, ce prénom s’écrivant plutôt Marie-Anne dans les autres régions. Puis une dizaine de Louise, Claudine, Maria ( en Drôme Ardèche et en Espagne), Suzanne ( plutôt en Drôme/Ardèche), Thérèse et enfin environ 6 Rose, Elisabeth et Gabrielle (dans le sud aussi pour Gabrielle).
On note 5 Philiberte et 5 Pierrette uniquement en Bourgogne, des Séraphine dans le Nord. On peut remarquer aussi que l’on trouve des Isabelle plus au Nord et des Isabeau plus au sud.
Top 16 donc dans l’ordre :
Marie
Jeanne
Anne
Marguerite
Catherine
Françoise
Antoinette
Marianne
Louise
Claudine
Maria
Suzanne
Thérèse
Rose
Elisabeth
Gabrielle
Voici le top 3 (dans l’ordre) par région :
Drôme/Ardèche : Marie, Jeanne et ex aequo Anne et Marianne.
Vaucluse : Catherine, Elisabeth et ex aequo Marie et Marguerite.
Auvergne : Antoinette, Jeanne et Marie.
Lorraine : Jeanne, Marie et Marguerite.
Bourgogne : Jeanne, Anne et ex aequo Claudine et Marie.
Nord/Belgique : Marie, Catherine et ex aequo Thérèse et Françoise
Espagne : Maria, Josefa et ex aequo Juana et Antonia.
Mais on trouve aussi (moins de 6) des Appolline, Agathe, Adèle, Adriane, Angélique, Adrienne, Amélie, Agnès, Antonia, Angela, Angelina, Adélaïde, Alix, Audette, Benoîte, Berthe, Béatrix, Caroline, Cécile, Colette, Constance, Catalina, Claire, Claudia, Camille, Charlotte, Dorothée, Delphine, Denize, Eulalie, Eugénie, Elise, Flavie, Florentine, Florie, Félicie, Félicité, Geneviève, Glaude (pour les filles alors que c’est Claude pour les garçons), Hélène, Isabelle, Isabeau, Incaranacion, Joséphine, Judith, Jeannette, Juana, Josefa, Julienne, Justine, Jacqueline, Marthe, Madeleine, Michaela, Marceline, Monique, Mathilde, Michelle, Pilar, Pierrette, Philiberte, Reine, Rosalie, Rita, Sabine, Sophie, Simone, Séraphine, Victoire, Valentine.
Et des prénoms qui peuvent être plus surprenants ou moins courants :
comme Anastasie, Archange, Aldegonde, Amable, Barbe, Bonnette, Cornélie, Dimanche, Euphémie, Emillande, Fidèle, Gertrude, Gervaise, Gélasie, Jacquemine, Lurèce, Olympe, Pharaïlde, Persévérande, Pélagie, Pétronille, Peyronelle, Philippe (pour une femme), Théodosie, Toussaine, Ursule et Zélie.
Voilà ! Je ferai la même chose pour les prénoms masculins demain !

Les métiers de nos ancêtres

Je me suis amusée à relever les professions de tous les ancêtres connus de mes enfants (donc de mon côté et du côté de leur papa). Sans compter le XXème siècle, on trouve :
de nombreux cultivateurs, laboureurs et ménagères mais aussi : huissiers, entrepreneurs en bâtiments, voituriers, marchands, professeurs, boulangers, meuniers, aubergistes, brasseurs, cloutiers, maçons, cordonniers, menuisiers, chanvriers, drapiers, tisserands, fileurs, fabriquant de bas, foulons, journaliers, vignerons, grangiers, bûcherons, gardien de prison, tailleuses, cabaretiers, couturières, domestiques, bergers, chaudronniers, négociants, modistes, marchande de modes, horlogers, ferblantiers, repasseuses, propriétaires, tanneurs, chirurgiens, notaire royal, fermiers, directrice des postes, maréchal ferrand, procureurs d’office, entrepreneurs en bâtiments, greffiers, écuyers, recouvreurs, receveur de l’enregistrement, épingliers, serruriers, sabotiers, armuriers, scieurs de long, négociants, teinturiers, charretiers, cuisinières, métayers, mouliniers en soie, cardeurs de bas ou cardeurs de laine, ouvriers, tailleurs d’habits, officier …
Cela donne une bonne image de la société d’autrefois je trouve !

« Trombinoscope » 1914-1918

En numérisant des photos de militaires avec qui Léon s’était entrainé dans les années 1895, j’ai jeté à nouveau un coup d’oeil à son album de photos de la guerre de 14-18 pour voir si on y reconnaissait un nom. Comme c’était compliqué de s’y retrouver, j’ai commencé à faire des dossiers pour chaque militaire dont on voyait le visage en y mettant toutes les photos où ce militaire apparaissait. La plupart d’entre eux sont donc du 47 ème régiment d’artillerie et sont probablement officiers ou sous-officiers.
Et puis dans certains cas, mon arrière grand père Léon Roussel précisait sous la photo si untel avait été tué à la guerre et à quelle date … J’ai donc fait une page pour ces hommes morts pour cette sale guerre… Ça fait très bizarre de voir quelqu’un parfois sur de nombreuses photos, quelquefois en train de faire le clown, dont on sent pour certains qu’ils ont été assez proches de Léon, et voir que par exemple quinze jours après une photo, cet homme est mort … Quelle connerie la guerre quand même …
Je vous partage donc ce « trombinoscope » d’hommes jeunes ou plus âgés, paraissant timides, sévères ou malicieux, minces ou gros, moustachus ou barbus, qui ont côtoyé mon arrière grand-père quelques semaines ou plusieurs années pendant cette horrible guerre … Pour ceux dont le décès n’est pas précisé, je ne sais pas s’ils ont survécu à la guerre ou non …
Je ne vous garantis pas qu’il n’y ait pas d’erreur, de la part de Léon ou de la mienne, notamment dans l’orthographe des noms.
Et voici une photo de Léon datant de décembre 1915

L’album photos de la guerre 14-18 de Léon (août 1916-1919)

Je continue ici de vous présenter les photos de la guerre 14-18 de mon arrière grand-père Léon Roussel.

(Pour voir la première partie de l’album, c’est là)

(en italique, les notes de Léon sur l’album photos, en caractères gras des informations tirées d’un document sur le 47 ème régiment.)

Le 47 ème régiment s’est rendue dans la Somme. Le 27 juillet 1916, tout le régiment bivouaque à une étape des lignes.

Une très grosse activité règne sur tout le front français. Les munitions s’amoncellent le long des routes où les déversent les tacots et les camions. Les batteries de tous calibres peuplent le bled. Partout on entend les moteurs d’aviation qui ronflent… Une attaque sérieuse est en cours avec la collaboration des Anglais. 

« 3 août 1916 – notre arrivée. jour de grande chaleur et de soleil. abri léger au PC Masson. Je me livre à la photographie, la tête protégée par mon journal en attendant l’attaque. »

Le 5 août 1916, tout le régiment est en place. A partir de ce moment et jusqu’au 13 septembre, les opérations vont se dérouler sans arrêt, les attaques succédant aux attaques.  L’artillerie suit l’infanterie pas à pas.

« Le 6 août. Dans notre carrière de Curlu. L’appétit ne perd pas ses droits.Si on buvait une bonne bouteille ? « 

« Deux aspects de l’église de Frise. »

août septembre-1916

Les groupes progressent, le 28 août franchissent la crête de la Chapelle de Curlu et descendent dans la vallée du Tortillard. Ce déplacement se fait sous une pluie battante. 

Il n’y a plus de route et c’est par une piste de fortune, qui serpente au milieu des entonnoirs, des boyaux et des tranchées, que les trois batteries doivent transporter les canons et les milliers de projectiles qui accompagnent chacun d’eux.
A chaque instant, un obus tombe, brise une voiture et embouteille la colonne. Les chevaux embourbés n’avancent plus; c’est un poids de moins de savoir, le 29 au matin, que le groupe Astier est en place.

« août 1916. 2 aspects du village de Curlu. Lecomte et Braun. »

« 3 septembre 1916. 3 aspects de la région des petits bois 2 et 3 sur la route de Hem à Maurepas. »

Le 15 septembre au soir, le régiment à bout est relevé. Là encore le régiment aura payé un lourd tribut et les morts et blessés sont nombreux …

Le 16 septembre 1916, les groupes repartent dans la direction de Morcourt. Les hommes et les chevaux, ternis par la fatigue et par la boue, regagnent la zone de Prouzel, Plachy, Neuville-sous-Loeuilly. Le 22, ils embarquent pour la région de Chalons. Le 29, ils doivent occuper le secteur à l’est de Maisons-de-Champagne. Le 7 octobre, les batteries sont installées face à la vallée de la Dormoise. Du 5 novembre 1916 ou 2 janvier 1917, le régiment reste sur ses positions. 

novembre 1916-avril 1917

« novembre 1916 – la cloche de Virginy »

« 25 décembre 1916 – secteur de Saint Ménéhould. notre PC de St Hilairemont. Colonel Bernard, mon adjoint Lacourte et moi. »  (Léon est debout)

Le 1er janvier 1917, le colonel Bernard est nommé à un nouveau poste à l’AD et cède le commandement du régiment au commandant Léon Roussel qui est nommé lieutenant colonel. 

Dans les nuits du 1er au 3 janvier 1917, le régiment fait route vers le Camp de Mailly. Jusqu’au 24 janvier, les hommes font quelques manoeuvres d’ensemble. C’est globalement une période de repos dans des cantonnements malheureusement inconfortables. Puis le régiment fait mouvement pour gagner les arrières du secteur Cauroy-Hermonville. Il fait un froid glacial. Les routes sont couvertes de verglas et les chevaux glissent et tombent. Les hommes pied à terre les soutiennent et les relèvent tout le long de la route. Ils arrivent en fin de journée harassés de fatigue et raidis par le froid. Les batteries montent en offensive du 7 au 9 février. En attendant l’attaque (qui n’aura lieu que début avril), le régiment va défendre le secteur. Les tirs ennemis rares au début augmentent peu à peu de fréquence. 

« Préparation de l’offensive de l’Aisne. Mon PC du 4 février au 4 avril 1917. Château « Communal » à Hermonville. »

« 11 février, dimanche, le premier soleil du printemps. Nous faisons la digestion en lézardant sur la terrasse de notre château. Nous y avons recueilli le chef du génie de la division, Commandant Lepoivre, et son adjoint, le jeune Teyssèdre, tué le 4 avril (marqué d’une croix). Parriaux, Lepoivre, moi, du Pasquier, Lacourte, Teyssèdre. « 

« En février. Expédition dans les tranchées. Je ne suis pas de la dernière élégance mais j’aime mon vieux manteau des mauvais jours. »

« 10 mars 17 – La construction de mon PC du chemin creux par les sapeurs du petit Tesseydre. »

Fin mars, montent successivement en ligne les différentes artilleries chargées de renforcer les groupements déjà en place. 

« Fin mars 17 – Une visite au 3ème groupe. Dans le fond, Rigaux tué 3 semaines après, enterré dans son observatoire de Villers. »

« Je me rends compte de la solidité des sapes du 3ème groupe, sur la position de Cauroy. »

« Mars – En expédition avec Astier et Valet, mon nouvel adjoint. »

« En visite aux échelons du 2ème groupe au château du Bois de l’Arbre. Masson, moi, Olivier, Postel, Pouriaux, Chabardez. »

« Des crapouillots organisés par les fantassins dans les tranchées. »

Le terme crapouillot désigne un mortier de tranchée, (ou lance-mine), c’est-à-dire une arme légère d’artillerie sans culasse – la force de recul étant absorbée par le sol –, à mise à feu de l’obus par gravité, et de ce fait ne pouvant tirer qu’en tir proche de la verticale (hausse supérieure à 45°), ce qui lui permet d’atteindre un site proche très masqué. (d’après wikipedia)

« Les petits ânes d’Afrique servant au ravitaillement. Les cuistots viennent de porter la soupe aux fantassins. »

« mars 1917. Je remets la médaille militaire à l’adjudant Léonard du 2ème groupe. Masson tourne le dos à l’appareil. »

« mars 1917 – artillerie puissante de différents calibres installée au sud de Trigny. La 320 de tranchée. »

Début avril, les groupes du 47ème occupent leurs positions définitives et le 9 avril commence la préparation proprement dite. Il s’agit de déblayer le terrain, de brûler les herbes sous lesquelles tout semble enfoui et de détruire au fur et à mesure de leur mise à jour les défenses susceptibles d’arrêter la progression de l’offensive. 

« Mon PC du chemin creux, derrière la cuvette Carpentier, composé d’une véranda (?) et de 3 sapes profondes de 10 mètres. Du 5 au 24 avril. »

« Mon adjoint Parriaux est heureux de vivre. avril. »

C’est le 16 avril seulement qu’est déclenchée l’attaque. Les batteries doivent étendre leurs barrages roulants suivant un graphique compliqué. A 5h30, l’infanterie débouche et malgré la violence du barrage ennemi progresse rapidement au delà des premières lignes. L’artillerie les suit de près.

Sur tout le front de la division, l’attaque a bien marché. A droite, la 28e brigade, chargée de tourner Brimont, enlève tout ce qu’elle trouve sur sa route et arrive à Berméricourt avec des pertes légères. Mais à gauche la progression est moins ample et plus difficile. 

« Des boches de Berméricourt affublés des vêtements des habitants. (Photographie trouvée sur un prisonnier). »

Ainsi donc, cette offensive du 16 avril, qui devait ouvrir de larges brèches dans le front adverse, se trouve bouclée au soir même de son début.
Et pourtant, du Godat jusqu’à Loivre, les objectifs ont été atteints et Brimont pris à revers a failli tomber. Mais dans une opération aussi ample que celle-là, les succès partiels ne peuvent servir à rien, il faut que la ligne entière fléchisse, ou tout est à recommencer.

Dans les jours qui vont suivre, le régiment va d’abord essayer de continuer. Puis, renonçant au programme initial, se borner à améliorer les positions conquises.

« Avion français tombé le 16 avril, jour du déclenchement de l’offensive, derrière mon PC. Les Boches tirent dessus toute la journée sans l’atteindre. »

« Tombe du commandant Théo Petit, mon pauvre beau-frère, blessé à l’attaque du 16 avril à la tête de son bataillon, laissé pour mort sur le terrain pendant 2 jours, ramené ensuite à l’ambulance de Prouilly où il est mort le 22. Enterré dans le cimetière de l’ambulance. »

Théo est le mari de la petite soeur de Léon, Louise.

« Mai 17 – PC d’Hermonville démoli 2 jours après l’avoir quitté. »

Mai-juin 1917 :

Jusqu’au 24 avril, les batteries restent à leurs emplacements antérieurs puis du 24 avril au 10 mai elles se groupent dans la cuvette qui s’étale entre Villers-Franqueux et le Mont Charpentier. Le 24 avril, c’est le 3e groupe qui est lourdement éprouvé. Le capitaine Rigaud et son second, le sous-lieutenant Millot sont ensevelis dans leur observatoire de Villers-Franqueux par un obus de rupture de 28 centimètres, et les deux téléphonistes qui les accompagnaient sont écrasés à leurs côtés. 

« Mon PC dans le talus de la route de Villiers-Franqueux à Thil, du 24 avril au 12 mai. « 

« Mai – Le chemin de Villiers-Tranqueux à la cuvette Carpentier. »

« La plaine au nord ouest de Reims, vue de Villers-Tranqueux. Brimont dans le lointain à gauche du noyer. »

« Mai – Visite du groupe Masson à la cuvette Carpentier. Masson derrière moi. »

Vers le 10 mai, le régiment va plus à l’est occuper les positions de St Thierry. Les hommes sont épuisés, et à tour de rôle chaque groupe va au repos quelques jours. 

« Mai 17. Le premier groupe étant au repos pour 8 jours, je vais le passer en revue dans son cantonnement et lui distribuer des croix de guerre. Il défile ensuite devant moi sur la route (2 aspects). »

« Après la revue, chez Leconte, puis excellent déjeuner. A droite de Leconte, mon ami Vincens. »

Les groupes sont en batterie autour du village en ruines de St Thierry. 

« Juin 1917 – Eglise de St Thierry. »

Le PC de l’ACD se trouve à St Thierry même, dans un des rares chalets encore debout.

« Juin 1917 – Mon PC à St Thierry dit « La Chalet ».

« En juin 1917 dans mon parc de St Thierry. Parriaux – Lacourte – Vincens »

Un observatoire d’ensemble se dresse aux lisières du village, que l’on nomme « la maison blindée ». Chaque jour, l’ennemi s’acharne de façon spéciale sur les PC qui encaisse chaque jour des centaines et des centaines de coups. Mais malgré ce marmitage incessant, le régiment ne déplore que peu de pertes.

« En permission du 13 au 28 juin. »

On voit ici Suzanne, sa fille aînée, ma grand-mère.

Et Cécile, sa fille cadette.

« Dans les allées du parc à Dijon. »

Suzanne et Cécile marchent en compagnie de leur Tante Alice, la soeur de Léon.

Alexis (le mari d’Alexis), Alice, Cécile, Léon et Suzanne.

« 15 juin 1917  pendant ma permission au PC Chenay – état major de l’AD. Sion-Charron (lt.M. de la DI) – Waclès – Fauquignon – Sthrol – Colonel Bernard – Maure. 10 jours plus tard, le 25 juin, le brave Colonel Bernard, Sian et de Valicourt (3ème groupe) étaient tués à Thil par un obus de 15, au moment où ils quittaient la 9ème batterie. »

« 15 juin 17. au PC Chenay. Strohl fait l’amphi sur les projectiles et les fusils boches. Entre Charron et Waelis, Vernet, Commandant du 1er groupe. »

Alors que Léon Roussel est en permission, le colonel Bernard vient visiter la position de la 9ème batterie près de Thil. Les obus tombent fort. Il parcourt la batterie accompagné par le lieutenant Siau et le lieutenant de Valicourt et un obus tombe dans le boyau que les officiers suivent, les tuant tous trois. 

Le régiment quitte la zone de St Thierry pour celle de Berry-auBac entre le 4 et le 13 juillet 1917. Le colonel Escourou est nommé au commandement de l’AD en remplacement du colonel Bernard. Un détachement d’artilleurs se rend à Paris pour la fête des drapeaux pour le 14 juillet. 

« Le 24 juillet 1917 – L’accolade du Général Pétain en me remettant la croix d’officier de la Légion d’honneur. Une demi-heure après, il accordait la fourragère à mon régiment. »

Du 27 juillet au 2 août, le repos est complet et le régiment se réjouit de la récompense de la fourragère. Les hommes profitent d’un confort réel dans cette région d’Epernay. 

Du 3 au 29 août, le régiment reste dans le secteur de Ludes dont le corps de cavalerie garnit les premières lignes.

Et tout le monde vit tranquille, puisque l’on ne tire pas.
Quelques obus égarés viennent rappeler cependant à la réalité de la guerre et deux batteries ont la désagréable surprise de passer quelques jours pénibles à des positions de première ligne pour faciliter des relèves.
Le 24, on s’en va et le régiment se rassemble dans la coquette ville d’Ay où il demeure jusqu’au 29 août.
A cette date, il se dirige par étapes vers la région de Verdun où l’a devancé la division.
Il arrive le 2 septembre 1917 à Deuxnouds et Beauzée.
Du 2 au 6, les unités restent dans leurs cantonnements-bivouacs de cet arrière front de Verdun, dont les ruines inconfortables et les baraquements de fortune sont à demi noyés dans la boue d’un sol innommable.

septembre-décembre 1917

A ce moment, la situation sur le front de Verdun est totalement différente de ce qu’elle était en 1916. L’offensive allemande, après avoir été contenue a été refoulée, et des opérations ont permis de reprendre définitivement le fort de Douaumont et de donner de l’air aux positions françaises en les reportant largement au-delà. Le régiment va monter à Verdun pour consolider tous ces bénéfices et tenter de les améliorer encore. Le 7, les batteries montent en ligne.

« 7 septembre 17 – A Verdun, avant de monter en secteur, je vais déjeuner avec Schwander chez Bordeux au PC Canal (entre Bras et le Canal). »

 » 7 septembre – moulin de Charny. »

Les groupes encadrent la côte du Poivre, sur les pentes de laquelle se dresse le PC du colonel Roussel au tournant de la route Bras-Louvemont. Le 9 au matin, un réveil en fanfare par pièces de tous calibres fait sauter à leurs pièces les hommes. Les Allemands avancent mais une contre attaque aussitôt déclenchée rétablit la situation. Jusqu’au 29, le régiment a à souffrir de tirs systématiques de l’artillerie adverse et d’obus chargés d’ypérite. Le PC du colonel Roussel n’y échappe pas et est en partie détruit le 25.

« Mon PC sur la route du Bras à Louvemont – du 9 au 29 septembre 17 – Du Pasquier est grimpé sur le dessus. »

Puis début octobre les groupes vont au repos dans les villages pauvres d’Evres, de Pretz-en-Argonne et de Sommaise. Ils ne peuvent donc pas tous s’abriter, ne trouvant là bas que quelques rares maisons au milieu de ruines. 

« Pendant ma permission d’octobre 1917, Louise et ses deux filles. »

Louise, la soeur de Léon, Annette (à gauche) et Thérèse sont en deuil. Elles ont perdu leur mari et père, Théo Petit (dont on a vu la tombe plus haut)  au mois d’avril, donc six mois auparavant.

« Thérèse et Suzanne sur le balcon de Nolay. »

Les cousines : « Annette, Suzanne, Thérèse et Cécile. »

« Alice et ses quatre nièces » de gauche à droite Annette, Suzanne, Thérèse et Cécile.

« Dans le jardin de Nolay ». Derrière : Camille (femme de Léon), Léon, Suzanne, Cécile, Thérèse et Louise. Devant : Alice, Octavie (soeur de Camille) et Annette.

Le 8 octobre, le régiment reprend la route de Verdun. Cette fois-ci, le régiment prend ses quartiers d’hiver sur la rive gauche, face à la côte de Mort-homme. Le PC du colonel est aux abords de Vigneville. 

Aucune opération n’est entreprise par les troupes de la division pendant leur séjour au Mort- Homme.
Séparées par le ruisseau de Forges, les lignes sont très éloignées les unes des autres et seules les rencontres de patrouilles, qui chaque nuit explorent la zone neutre, donnent de l’animation à ce secteur.

Les Allemands ont creusé de véritables villes souterraines dans les flancs de la ligne de crête qui relie le Mort-Homme à la Meuse. A dix mètres sous le sol, ils ont fait fonctionner de véritables usines. Chaque jour, les hommes du régiment vont visiter ces tunnels, dont les sorties Nord constituent de merveilleux observatoires. La promenade pour s’y rendre ne manque pas de pittoresque.

A la suite des contre-attaques françaises du mois précédent, les Allemands obligés de repasser le ruisseau de Forges, ont dû laisser entre les mains des français un nombre important de pièces de tous calibres. 

Le lieutenant JAPY décide de sauver une partie de ce matériel. Ce n’est pas un petit travail, que d’organiser une piste accessible aux voitures, à travers cette zone de fondrières mouvantes. Une nuit, sans prendre garde aux tirs fréquents de l’ennemi, des volontaires vont en première ligne dégager les canons pour les ramener à l’arrière. Tout ne va pas tout seul ; les traits se cassent, les voitures versent dans des lacs de boue, des chevaux à moitié noyés doivent être sortis avec des palans, mais les hommes ramènent les canons et, par trois fois refont le même voyage, malgré le froid glacial, malgré la fatigue et malgré les risques. Ils sortent  de la sorte quatre pièces de 105, six pièces de 77 .

 

« Déc 17 – Un obusier de 105 ramené de nuit du ravin de Torges par le 2eme groupe. Maréchal des logis Japy. »

Début janvier 1918, le régiment descend de Verdun pour ne plus y retourner. Le 9 janvier, les hommes prennent da voie ferrée, direction de la trouée de Charmes. Le mouvement est rendu pénible par une tempête de neige qui retarde les trains. Le froid continue pendant tout le trajet. Quand les hommes débarquent, leurs manteaux sont tellement gelés qu’ils cassent … Jusqu’au 2 février, ils restent au repos au camp de Saffey. Puis les mouvements de montée en ligne reprennent. Le PC du colonel Roussel est à Benaménil. Ce front de Lorraine est assez calme. Des habitants circulent encore dans les villages à portée de canon. Le régiment demeure en Lorraine jusqu’à début avril. Le 24 février, arrivent les Américains. C’est une période d’organisation. Puis vint une période de durs marmitages avec une impression d’attaque imminente. Les pertes sont lourdes pour l’infanterie et certaines batteries. La coopération avec les Américains est intéressante car il faut les guider pour maitriser leur énergie.

Février-mars 1918

«  Ma permission à Nice du 28 février au 12 mars 1918. Promenade à Quérault. »

On voit toute la petite famille devant Léon : Suzanne, Cécile, Camille et même la chienne Zette.

« Sur la promenade des anglais ».

« Madame Tomasini, veuve de mon brave lieutenant Colonel tué le 6 septembre 1914 à la Marne. »

Mme Tomasini, Camille.

Les deux filles Tomasini étaient très amies avec Suzanne et Cécile. Suzanne Tomasini était l’amie de Suzanne, et Renée l’amie de Cécile.

Suzanne Roussel, Suzanne Tomasini, Cécile, Renée.

« Sur la plage. »

Suzanne, Cécile et Suzanne Tomasini.

Le 31 mars 1918, le colonel Roussel est appelé au commandement de l’A.D/62 et quitte le régiment, remplacé par le chef d’escadron Masson jusqu’à l’arrivée du colonel Lips.

« Au commandement de l’AD/62 – 31 mars 1918. Le Capitaine Eyssartier, mon adjoint, l’auteur du plus grand nombre des photos qui suivent. »

AD = Artillerie divisionnaire.

« Capitaine Eyssartier et Lieutenant Chambaud, 17 avril 18. »

« Lieutenant du Beauchamp et Lieutenant Chambaud à Neuville-Roy, en quittant le secteur de Ricquebourg. »

Photos prises en 17 par le capitaine Eyssartier de la 62ème division :

« Château de Ricqebourg, pris en avril 17 pendant l’avance de la 62 ème division sur St Quentin. En avril 18, déjà très abimé, ses caves servent de PC (poste de commandement) à l’ID (Infanterie Divisionnaire) (colonel Colin) et à l’ALD (Artillerie Lourde Divisionnaire) (221ème régiment, Lieutenant colonel Tisserand). »

« Ses abords sont fortement marmités, il ne faut pas flâner en traversant le parc. »

Toujours des photos plus anciennes prises par le capitaine :

« Février 1917 – Eglise de Lassigny. »

« avril 1917 – Marche de la 62 ème DI sur St Quentin. Gare de Terniers (Tergniers ?) complètement détruite par les Boches. »

« Colonel Lips mon prédécesseur dans un abri boche. »

avril – août 1918

« Le 19 avril 18 – Une visite au PAD (=Parc d’Artillerie Divisionnaire). Lieutenant Castillon – Dr Méritant – Capitaine Lévy – Commandant Didier – Léon – Vétérinaire Usirict. »

« Le 21 avril 1918. En route pour les Vosges. Halte repas à Chatinon près de Château-Thierry. De Beauchamp, Léon, Chambaud, Debuisser, officiers de la gare. »

« Le 21 avril. Notre arrivée dans les Vosges. Moi, Debrusser, Chambaud et de Beauchamp. »

« 9 mai 18. Je quitte mon auto pour monter avec le Lieutenant Lehmann aux observatoires de l’Ormont. »

« Juin 18 – A Saint Dié, sur la terrasse de la cathédrale. »

« Juin 18 – Le cloître de Saint Dié, entre une vieille église du XII ème à gauche et la cathédrale à droite. »

« La chaire du cloître. »

« 20 juillet 18 – Notre départ de Bruyères. Je fais la critique du chargement. »

« 26 juillet 18 – Village de Dammard sur la 1ère ligne boche lors de notre offensive du 18 juillet. Nous l’avons bien arrangé !! »

« Curieux aspect du clocher qui ne tient plus debout que par miracle. »

« Les ornements du choeur de l’église. »

« 24 juillet 18 – Eglise de Neuilly-Saint Front. L’abside es éventrée par 2 obus qui n’ont laissé debout que les nervures. »

« 1er août. En avant de Villeneuve (sur Fère) . Je rencontre un tas de 6 boches tués par le même obus. »

« 3 août. Après la prise de Fère-en-Tardenois, je parcours la 1ère ligne boche de la côte 184. Dans chaque trou de mitrailleur, un cadavre. « 

« 25 aout. Au repos à « La Logette » près de Beuvardes, appartenant à Mr Grignon, substitut à Paris, gendre de Jules Develle. Je pêche la tanche avec un fin braconnier et nous nous en régalons tous les jours. »

septembre-novembre 1918

« Septembre 18. Dans le bois de Loupeigne – Je (Léon) remets la croix de la Légion d’honneur au Capitaine Lévy du PAD/ 62  » (PAD= Parc d’Artillerie Divisionnaire)

« septembre 18 – PC de l’ID et de l’ACD à l’est de Fismes dans la carrière dite  » La logette ».

« Lieutenant Subervic dans la carrière. »

« Fismes – 21 septembre 18 –

Rue parallèle à la voie ferrée. »

« Rue centrale – Filet de Camouflage. »

« Passage à niveau ».

« Place du marché, en face l’hôtel de ville »

« Hôpital civil »

« Pont Sud-ouest »

« Rue centrale – Toiles de camouflage. »

« Hôtel de ville »

« Encore Fismes »

  

« Mon ordonnance pendant toute la campagne, le fidèle Paul Chippeaux, de St Barthélémy près de Lure »

« 27 septembre 1918. A Mont-sur-Courville, 2 groupes du 47ème sont sous mes ordres pendant quelques jours : Chambaud, Parriaux, Cazalis, Dr Coulomb,  Colonel Lips, Belval, Léon, Debuissier ».

« 12 novembre 1918, lendemain de l’Armistice, promenade à Deville, sur la Meuse, point terminus de notre avancée. Le chef d’Etat Major Berthon et le Lieutenant Colonel Boisselet, commandant le 279ème RI, au milieu de la population qui ne peut se lasser de regarder les Français. »

2 photographies suivantes : « Photographies qui me sont données dors de ma première visite à Stenay le 18 novembre 18 »

« On les a eus !! »

« Le Kaiser accompagné du Kronpriz passant en revue dans la rue de Chanzy à Stenay pendant l’occupation. »

« Le Kronprinz, pantin de la population de Stenay, posant devant la porte du château du Verdier. »

« 12 novembre 18 – Château de Bel-Air à Charleville, résidence du Kronprinz. Un filet métallique monté sur supports élastiques protège la toiture contre les bombes d’avions. Une couche d’un mètre d’épaisseur de béton au dessus de la chambre à coucher. »

La guerre est finie – 1919

« La Cour de l’Hôtel de Ville de Verdun – Un obus de 420 tiré sur Douaurmont. »

« 29 janvier 1919. Visite à Strasbourg – Palais impérial. »

« 31 mai 19 – Vue du Château de Coucy détruit par les Allemands dans leur retraite. Ma berline à droite. »

« 29 mai 19 – Cathédrale de Saint Quentin. La voute s’est effondrée et les piliers ont été minés. »

« 1er juin 19 – La cathédrale de Soissons à peu près complètement détruite. Elle est coupée en deux morceaux. »

« 14 juillet 19 – Fête de la victoire à Paris. Un coin de la place de la Concorde et de la rue Royale en attendant le défilé des troupes. Curieux en haut de leurs échelles et vue du ministère de la Marine. »

« Petit Voyage sur le Front en août 19. »

«  8 août, sur les superstructures du fort de Vaux. Au loin, la Woëvre et Dieppe. »

« Sur le fort de Vaux. Je montre du doigt le fort de Douaumont. Suzanne nous prend. »

« Mon PC de la côte du Poivre. Camille montre le fort de Douaumont. »

« Près du fort de la Pompelle, le 9 août, un tank boche. Cécile perchée au dessus. »

Il s’agit plus précisément d’un tank britannique capturé puis repeint et réintégré dans la Wehrmacht.

Et puis à la fin de l’album on trouve plusieurs pages de photos de la guerre qui n’ont pas été collées au bon endroit. Alors plutôt que de les mettre à la suite, je vais les placer là où il faut dans l’article !

La dernière page de l’album : Morts pour la France … Son beau-frère, son ami, son colonel …

« Mon beau-frère »

« Mon lieutenant-colonel du 47ème et ami Tomasini, tué le 6 septembre 1914. »

« Mon Colonel commandant l’AD 14 »

L’album photos de la guerre 14-18 de Léon ( août 1914-juillet 1916)

Je vous ai déjà parlé de mon arrière grand-père, Léon Roussel, qui était officier pendant la première guerre mondiale. J’ai en ma possession un album photo (oui, promis les cousins, quand j’ai fini de le scanner, je le rapporte à Nolay 😉 ) réalisé par Léon avec toutes ses photos prises pendant la première guerre mondiale.

 

Toutes les photos sont datées, annotées de sa main ce qui est un vrai trésor !

En voici la première page ! Comme vous pouvez le voir, les photos ne sont bien sûr pas toujours de première qualité. Je me fais donc aider par un groupe Facebook nommé GénéRetouches  où des petites mains tentent de redonner vie aux vieilles photos ! Mille mercis à eux ! Je vais donc petit à petit compléter cet article, au fil des scan et des retouches ! Et je me permets si une photo n’est pas dans l’ordre chronologique de la remettre dans cet article à la bonne place !

Voici donc la première. J’écrirai en italique les inscriptions de Léon sous les photos ( en espérant arriver à relire sa petite écriture, notamment pour les noms propres …)

Léon Roussel est à cette époque chef d’escadron major du 3ème groupe du 47ème régiment d’artillerie. Il a 48 ans.

On peut retrouver toute la campagne de 14-19 du 47 ème régiment d’artillerie en cliquant ici.  C’est décrit de façon détaillée et vivante. On y retrouve tous les hommes dont vous pourrez voir les visages au fil des photos.Egalement le journal des marches et opérations avec beaucoup de détails là.   Quand j’en aurais fini avec les photos, je lirai tout ça de près pour rajouter des infos supplémentaires dans l’article. [Edit : j’ai terminé les photos ! J’attaque donc la lecture de ces documents et le rajout en caractères gras d’informations dans l’article !] [Edit 2 : c’est fait !]

J’ai également réalisé un « trombinoscope » de tous les militaires que l’on peut voir sur ces photos et dont Léon avait noté les noms.

Dans la nuit du 30 au 31 juillet 1914, le colonel Lucotte rassemble ses troupes : c’est le départ pour Belfort. Le 7 août, ils pénètrent en territoire annexé et marchent sur Altkirch.C’est le baptême du feu . Le 13 août, attaque allemande à Reppe où les français ont le dessus. Puis ils se dirigent ensuite vers Mulhouse, Manspach, Dornach. Pendant que le 2ème groupe partent en reconnaissance, le 3ème groupe reste à l’entrée de Dornach pour parer à un retour offensif possible. C’est une victoire mais un triste spectacle que tous ces cadavres allemands …

Le 21 août, le 3ème groupe reprend position sur les hauteurs de Ridisheim  et part subitement avec le régiment le 24 au soir  à destination du Nord. C’est le coeur serré que les soldats doivent quitter Mulhouse qu’ils viennent de délivrer pour aller au secours de Paris. Ils font route toute la nuit et gagnent la Rivière au matin. Ils tombent de sommeil. Ils repartent pourtant à midi pour Pfaffans pour être le soir même sur la région de Belfort. 

Commençons par une carte postale.

« Souvenir de notre départ précipité de Mulhouse le 21 août 1914 »

On peut lire sur la carte : « Destruction du viaduc de Dannemarie sur la Largue opérée le 26 août 1914 par la 3eme Compagnie du 28ème bataillon du Génie de Belfort. Brèche de 70 m de partie et de 23m70 de hauteur. » 

Le 27 août, ils débarquent dans la région d’Amiens Corbie. Le 28, le canon sonne sans relâche du côté de Guise. Chacun devine que demain sera dur… Le 29, ils se dirigent vers Harbonnières. Ils cachent leur matériel à hauteur de Bayonvillers. Le lieutenant colonel Tomasini (ami de Léon) annonce que la situation est grave. Ils ont pour mission de sacrifier la division pour retarder de quelques heures l’armée de Kluck et couvrir des débarquements … L’armée avance à pas de géants comme une vague irrésistible qui veut engloutir Paris… Le 3ème groupe se place au sud Ouest de Méricourt. La bataille fait rage. La 2ème batterie est la plus éprouvée. Ils réussissent à contenir l’ennemi quelques heures. Il serait fou de vouloir résister d’avantage. L’artillerie couvre alors le départ de l’infanterie. Le soir, rassemblement lugubre du régiment à la lueur des incendies aux environs de Marcelcave. 

Le 30 août, Ils arrivent à Assainvillers sous une chaleur accablante. Le spectacle est triste tout au long de la route : les habitants fuient en prenant à la hâte quelques affaires, les vieux dirigeant les charrettes, les jeunes les poussant … Ils entendent pendant le trajet les éclats du canon.  Le 31, ils arrivent sur Clermont où ils stationnent jusqu’au 2 septembre. Puis ils partent vers Noise-sur-Oise, le 3 à Louvres. Le pays est pillé, les maisons éventrées. Le 4, Marly-la-Ville, le 3 Plailly. Le 14 ème régiment vient d’être mis à la disposition du général Maunoury pour former l’armée de Paris. Pendant cette période dans les batteries dirigées par Léon, trois blessés : le maréchal des logis chef Louis Paquette, les canonniers Cavagnac et Fraissat.

Le 6 septembre 1914, le régiment quitte Plailly. Le troisième groupe part dans la direction de Plessis-Belleville. Dans le village, des maisons éventrées, des troupeaux affamés errants, un boeuf en putréfaction à moitié dépecé, des cadavres d’hommes et de chevaux … Ils vont à l’est de Chevreville puis le 3ème groupe se place au nord de la côte 139. La bataille bat son plein. L’ennemi veut briser l’élan des français. Le groupe subit des tirs sévères. Le capitaine de Joigny est touché et meurt sur le champ de bataille. Le lieutenant Leclerc hurle : « A mon commandant ! ». Le maréchal des logis Demet en voulant récupéré un débouchoir oublié est tué lui aussi, les pièces ne devant pas tomber dans les mains des ennemis … Pendant que le 3ème groupe vit ces heures tragiques, le lieutenant-colonel Tomasin, le grand ami de Léon, galope d’une position à l’autre. Mais il est arraché de son cheval par un obus qui lui broie les cuisses … En mourant, il dit ces mots à un fantassin qui vient à son secours : « La mitrailleuse que vous allez ravitailler est plus intéressante que moi, allez mon ami, je vais mourir. ». Son adjoint le lieutenant Weiss est aussi frappé  à mort. Le soir, les hommes sont exténués. Ils bivouaquent près de Bouillancy et dorment sans avoir la force de manger. 

Les 8 et 9 septembre, le régiment contient les attaques en soutenant l’infanterie. Ils assistent impuissants au défilé ininterrompu des colonnes allemandes qui à 9000 environ traversent la Marne pour remonter vers le Nord. Impossible de les atteindre. Mais la canonnade ennemie s’intensifie avec l’impression d’être débordé sur l’aile gauche. Il est trop dangereux de bivouaquer sur place, ils vont près de Bregy. Le 10, ils apprennent que l’armée allemande est en fuite, la bataille de la Marne est gagnée, au prix de combien d morts et blessés !  

Le lieutenant colonel Tomasini ayant été tué, c’est Léon Roussel qui le remplace et passe le commandement du 3ème groupe au capitaine du Colombier. 

Le 10 septembre, l’ennemi bat en retraite, le régiment les poursuit, ils n’ont qu’une avance de quelques kilomètres. En traversant la forêt de Retz,ils croisent un avion allemand brûlé. Le 12, la bataille de l’Aisne va commencer et durer jusqu’au 21, avec deux armées également épuisées. Ce sont les derniers temps de la guerre de mouvement. Le régiment est accueilli sur le Plateau de la Ferme de Pouy par un tir d’extrême violence. Mais l’artillerie adverse est hors de portée. Le capitaine MArguier meurt frappé par un obus. Il y a une pluie glaciale. Le 13 la poursuite continue. La bataille demeurera active jusqu’au 20. Les soldats essaient de se protéger avec les bottes de paille ou se réfugient parfois dans des grottes voisines. Une vingtaine de combattants du régiment meurent durant cette bataille et de nombreux autres sont blessés. 

A partir du 20, on organise le terrain occupé pour en assurer la défense. Le régiment demeurera sur l’Aisne du 20 septembre au 13 décembre 1914. La vie générale dans le secteur fut alors une succession de périodes relativement calmes et d’opérations à but restreint. Au début, on est dans l’attente d’une reprise de la guerre de mouvement puis peu à peu apprennent à manier pelle et hache pour construire abris, gagnas, observatoires.

Le 3ème groupe occupe du 3 au 29 octobre une position près du château de Montenois. 

« En octobre 1914. Quels brillants uniformes ! Visite au château de Montois – Colonel Lucotte et Bordeux. »

Le 12 novembre 1914, ils montent près de Crèvecoeur appuyer l’attaque déclenchée à cette date. 

« 11 novembre 1914. Installation rapide de 2 batteries au nord de l’Aisne en vue de l’attaque de Saint Victor et Saint Léocade du 12 novembre. Lieutenant Schwander. « 

On les voit en train de creuser des emplacements de pièces pour leurs tirs.

Le 18 novembre le commandant Roussel rentre de l’hôpital (malade ? blessé ? ) prend le commandement du 3ème groupe. 

Le 30 novembre, la 8ème batterie occupe une position avancée près de la Ferme Moufflaye où elle vit à proximité des grottes où hommes et chevaux sont entassés sans lumière et sans air.

 « Fin novembre. Arrivée du groupe à la carrière de Mouflay. Il fait très froid mais Duc se réchauffe à l’alcool. Rouhard (tué le 23 septembre 1915), Duc, du Colombier, Marty ( tué le 21 février 1916), Ilbert. »

Le 13 décembre 1914. Il fait très froid. Les batteries quittent les rives de l’Aisne et s’en vont dans la région de St Rémy. Le repos dont elles jouissent au début est utilisé pour la vaccination et la remise en état du personnel et du matériel. 

« Décembre 1914. Notre premier cantonnement de repos de la campagne. St Rémy, au sud de Soissons où nous allons séjourner pendant 3 semaines. »

(version colorisée de la photo !)

« décembre 1914 – Schwander, dit le Tigre, préside à notre ravitaillement en munitions. »

La même photo colorisée

« A St Rémy – décembre 14 – Le fidèle Cassagnac, bon à tout faire. »

Et on tourne la page ! Nous sommes en décembre 1914. Léon photographie les différents groupes.

« Flanerie au cantonnement. Aubert-Schwob-Marchal-Daubron »

« 2ème groupe : Masson, Gorse, Lecomte ( mort en octobre 1917), de Verchère, Astier, de Carcouet, Lejeune. »

« 28 décembre. 3ème groupe :

derrière : Mégnin, Blanchet, Boizot, Mérouard, Aubert, Vincens

devant : Marchal, Schwob, Bordeaux, Leclerc (tué le 27 septembre 1915), colonel Lucotte, Schwab, moi, Daubron. 

Le petit conscrit. »

Donc notre Léon est le quatrième en partant de la droite.

« 26 décembre : La première bino de la campagne. Leclerc, Haas, Bordeaux, moi, Daubron, Blanchet, Marchal, Party (tué en 1918), Boizot. »

l’abréviation bino signifie binoculaire, c’est-à-dire une sorte de jumelles sur pied avec un fort grossissement.

« décembre 14. Cadavre boche photographié par Le Maguet non loin des tranchées boches. Il est là depuis le 20 septembre. »

Au commencement du mois de janvier, quelques modifications sont apportées au cantonnement dans le but de rapprocher le régiment de l’arrière front de Soissons. 

Janvier et février 1915.

« 1er janvier 1915 – Le colonel Lucotte avec Schwob vient nous souhaiter la bonne année à Saint Rémy – 3ème groupe. »

« Le 138 – Mon ancienne grotte s’organise, elle a déjà une porte ! Leconte, Astier, Dr le Maguet. Janvier 1915 »

« Lieutenant Haas. 9ème batterie. »

Le 12 janvier 1915, après une attaque des Français, a lieu une énergique contre attaque dirigée par le Kaiser en personne. Au matin du 13 janvier, les groupes 2 et 3 se dirigent vers Soissons pour tenter le passage de l’Aisne pour rétablir la situation. 

13 janvier 1915. Affaire de Soissons. Un défilé de prisonniers passe devant le groupe en position d’attente sur la route. Je les examine du trottoir. » 

Léon est debout à gauche.

L’affaire de Soissons est en fait la bataille de Crouy qui s’est déroulée du 8 au 14 janvier 1915. Une offensive française est refoulée par les allemands qui déclenchent une contre attaque. 12000 soldats français mis hors de combat dont un grand nombre de disparus, plus de 5000 français prisonniers. Les troupes françaises sont alors rejetées au sud de l’Aisne, devant Soissons.

« 13 janvier 1915 – Encore un convoi de prisonniers passant devant nous sur la grand-route. »

Le 15, ils prennent position sur les hauteurs de la rive sud entre Belleu et le château de Ste Geneviève. Ils y restent jusqu’au 19 janvier  puis vont dans la région de Vivières.  

« 31 janvier 1915 : Quel est ce vieil homme ? »

Il s’agit bien sûr de Léon lui-même, qui a bien du mal à se reconnaître avec cette barbe hirsute poivre et sel, lui qui était habituellement toujours bien rasé !

En février commence le long stage du régiment dans le secteur Vingré-Nouvron-Fontenoy. Le 3ème groupe y arrive le 3 février. Ils sont donc sur les rives de l’Aisne. Léon commande le sous-groupement de Roche (faisant partie du groupement nord) constitué par les 3 batteries du groupe 3. Ils modifient à plusieurs reprises leurs positions. Ce séjour dure 5 mois. Durant cette période, on essaye par tous les moyens de causer des pertes à l’ennemi, on installe des observatoires, on se lance dans la contre-batterie, on affine l’identification des calibres ennemis, on se lance dans le tir contre avion… 

« 3 février 1915. A la ferme de Lépine. Les lieutenants font bombance pendant que je suis avec les capitaines en reconnaissances à Port. 

Schwab, Rouhard, Martinelli, Aubert, Odinot, Lamy. Dans le fond, les cuisiniers Payot et Cassagnac. »

« Docteur Le Maguet du 2ème groupe, tué le 20 février 1915 d’une balle au coeur, sur le chemin 130-Vingré où il cherchait des sujets de photographie. » 

« Mon pauvre beau-frère Théo Petit, tué le 17 avril 1917. Photographie de février 1915″

Il s’agit du mari de sa petite soeur, Louise. Ils ont deux filles, Thérèse et Annette (les cousines donc de ma grand-mère Suzanne) , que l’on voit plus loin dans l’album.

Mars-avril 1915 :

« Mars 1915 – Le pont sur chevalets et le pont sur bateaux accolés au Port. »

sur les rives de l’Aisne.

« Mars 1915. Mon ami Bordeux à la palette (Roches). Il vient d’enlever le pansement qui lui entourait la tête depuis Soissons. Oh ! Qu’il est laid ! »

« Entrée de la grotte « Joigny » PC de la 9ème batterie. 

Le vieil homme, Rouhard, Marchal, Odinot. » 

Quand il dit le vieil homme, comme toujours, c’est de lui dont il parle !

« Encore la grotte de Marty »

« intérieur de la Grotte Joigny. Cherchez Marty ? « 

 

« Installation de la bino ( binoculaire) au dessus de Vaux pour battre la côte 112 et Cussy. Leclerc, Monnot, le vieil homme »

« Mars 1915- Cimetière et ruines de la ferme de Confrécourt. 

« Mars 1915. Chez Bordeux à la Palette. On ne s’embête pas ! L’illustration et la vie Parisienne font nos délices. A gauche et en bas, une plaque de blindage rapportée des tranchées. »

« Mars 1915. Le Colonel et Bordeux en promenade à 138. »

« Bordeux donne ses instructions. Bordeux, du Colombier, Schwob, Masson. »

« Mars 1915 – Manoeuvre de la Saucisse du Lieutenant Jeudelin ».

Cette « saucisse » est un ballon d’observation. Ces aérostats à usage militaire sont destinés au renseignement et à l’observation d’artillerie.

« Avril 1915. Notre salle à manger à Port. Les pauvres vieux propriétaires, Delmotte, habitent la cave. C’est d’ailleurs plus prudent. Duc-Ilbert-Le vieil homme. »

« 21 avril 1915. Visite du Président Montarju-Observatoire. Millerand, Poincaré, Lucotte, Général Crepey. »

Avril-Mai 1915

« Le 22 avril 1915. La 7ème batterie dans le ravin de Vaux. Aubert, Masson, Leclerc, Bordeux, moi.’

« L’allée de la 7ème batterie à Vaux. 25 avril 1915. Masson, Leclerc, Vincens, un médecin de l’ambulance, Monnot. »

« Leclerc devant sa maison à Vaux. »

« Lamy et Leclerc le même jour. »

« 9 mai 1915. Château des Mardensons à Fontenoy. Souvenir d’un excellent déjeuner chez le Colonel Auroux du 60ème RI, suivi d’un concert violon et piano. « 

« 11  mai 1915. Poste Tomasini à 138. Foucault ( tué le 1er octobre 1915), Pouillet, Maigret, Bordeux, Gorse, Le Colonel, de Carcourt, Astier, Schwob, Masson, Vincens, Leconte, de Verchère. 

« 20 mai 1915. Visite à la batterie de Leclerc, la perfection du camouflage. Bordeux, Lucotte, Daubron, Leclerc, le vieil homme. »

« Bordeux en promenade à 138 »

« chez Leclerc. Mai 1915″ (portrait de Léon)

« Dans sa chambre, le vieil homme fait semblant de travailler. »

« Mai 1915 – Salle à manger de Leconte à 138. Gorse, Leconte. »

« Ferme de Confrécourt en mai » (avec Léon à droite)

« Ferme de Confrécourt en juin »

« A Vaux. Leclerc, Daubron, Bordeux, le général Lacotte, le colonel Lucotte, Schwob. »

« Dans mon petit jardin à Vaux. Monnot, moi, Duc, Rouhard. »

« Marty, Ilbert et Haas sous leur tonnelle à Joigny. »

« juin 1915. Chez le général Lacotte. Le Colonel, Bordeux, Leclerc, le Général, moi, de Villard (tué le 25 septembre 1915) »

« Aubert et Monnot à Vaux. »

« de Vaux à Port. Leclerc, Boizot, Aubert. »

« Nous nous acheminons vers la popote. » (Léon au milieu)

« juillet 1915. Dans la propriété Leclerc-Aubert. »

Juin 1915

« juin 1915 : le village et l’église de Fontenoy (Aisne) »

« Juin 1915. Les auto-canons font leur apparition sur le front.

« Juin 1915. Des mitrailleuses installées contre les avions dans les tranchées. »

« Rouhard dans les tranchées. »

« Le 138. Martinelli, Vincens, Strohl, Bordeux. »

« Ma première cagna de la campagne avec le Général Fais. Elle n’était alors qu’une grotte informe. De Villars, Bordeux, Foucault. 15 juin 1915 »

« Le Village de Port et sa route si bombardée. Rouhard. »

« Une pièce de 75 à 138. »

portrait de Léon

« Une tranchée avec ses observateurs. » (Colorisée !)

Le séjour à 138 est coupé par une opération brillante exécutée dans le secteur voisin et qu’on catalogua « Affaire de Quennevières ». La 6e batterie y est détachée et le capitaine Strohl, qui la commande, en revient avec une lettre élogieuse de félicitations. Son personnel de liaison grisé par la victoire, est, au soir, pris dans le remous d’une contre-attaque ; le maréchal des logis Paris et le canonnier Jacquemin forment un îlot de résistance et défendent avec des grenades leur poste téléphonique.

Inquiet de ces opérations, l’ennemi, pour immobiliser les troupes des secteurs voisins, se lance sur tout le front dans une Contre préparation offensive violente et meurtrière.

« juin 1915 – Affaire de Quennevière. »

L’artillerie de 138 subit des pertes lors d’opérations . Ce fut un avertissement. On se casemate et on étale alors les batteries sur toute la bordure des bois jusqu’à la ferme de Confrécourt.

« Caisson éventré à 138. »

« Sur notre escalier. Payot, notre cuistot. »

« Les héros de la Grande Guerre ! Leclerc, Aubert, Méchin, Daubron »

« Juin 1915. Devant ma maison. 7 heures du soir. Un avion français se fait sonner. Ilbert, Ebersolt, Duc et moi. »

« Mes braves propriétaires : M et Mme Delmotte. »

Juillet 1915

« auto-canon en batterie. juillet 1915″

« Juillet 1915- La baignade à Roches. »

« Juillet 1915. A la Palette , le fidèle Vincens écrivant sous la dictée de Bordeux.

« Bordeux dicte son compte-rendu à Vincens qui lui fait face. »

Le montage des deux photos !

« Chez Leclerc, devant l’objectif ! »

« Juillet 1915. Peau neuve ! »

« Juillet 1915. Marty et Haas dans les tranchées. »

Le régiment quitte définitivement le secteur de l’Aisne le 25 juillet 1915.

Juillet 1915 : la permission

« Ma première permission ! 8 bons jours à Nolay du 21 au 28 juillet 1915 au milieu des miens et de Louise et ses deux enfants, Thérèse et Annette. »

La joie des retrouvailles avec sa femme Camille

Léon en civil ! (dans le jardin de Nolay nommé « le clos »)

Léon et Camille ont deux filles : Suzanne, ma grand-mère, qui a seize ans ( à droite) et Cécile qui a 14 ans ( à gauche).

Louise est la petite soeur de Léon. Son mari Théo est au front et sera tué en 1917 … Ils ont donc deux filles : Thérèse et la petite Annette.

Léon et sa famille font des promenades dans les environs de Nolay.

Camille, Thérèse, Léon, Annette, Louise et Suzanne.

Les cousines : Thérèse, Suzanne, Cécile et la petite Annette.

Dans le jardin de Nolay : la chienne Zette, Camille, Louise, Suzanne et Thérèse (je crois)

Sur les falaises près de Nolay : Annette, derrière : Louise, Cécile, Camille, Suzanne, Thérèse

Suzanne, Thérèse, Camille, Cécile, Annette, Louise

Camille, Cécile, Louise, Annette, Thérèse et Suzanne

A la grotte du bout du monde près de Nolay : Suzanne, Camille, Annette, Louise, Thérèse et Cécile.

Il photographie ses filles : Suzanne

et Cécile

Cécile avec ses poules !

Août 1915. Mais après la permission, il faut retourner au front.

Le régiment arrive le 29 juillet 1915 au matin dans la région de Neuilly-Saint Front et y reste au repos jusqu’au 15 août. Il en profite pour remettre de l’ordre dans ses unités dont les éléments divers ont vécu dispersés pendant les longs mois qu’ils viennent de passer sur l’Aisne. 

 

« 10 août 1915. Revue à la ferme des Loges par le Général Joffre de la 14ème division, qui va prendre part à l’offensive de Champagne et y laisser les 3/4 de ses effectifs … Je monte Joyeuse. Aubert. Marty.

Léon sur Joyeuse.

« Des avions survolent la division. Duc. Rouhard. »

« Le général Joffre (en bleu) va prendre sa place pour le défilé. »

Comme il n’y a pas de couleur, je suppose que Joffre est celui habillé de la couleur la plus foncée, devant.

« Repos à Vichel-Nanteuil, au sud de Soissons du 28 juillet au 16 août. »

« 11 août – Je retrouve mon brave ami Ledoux à Neuilly-Saint Front. Le 25 septembre, à la sortie des fantassins, il se dresse, enthousiasmé au-dessus de la tranchée en s’écriant : « Ah qu’ils sont beaux » et tombe, frappé d’une balle dans les reins. »

 


« Ledoux et son chien Percutant. »

« Le 12 août, Ledoux vient déjeuner avec moi. »

« Ilbert et Rouhard dans leur chambre à Vichel-Nanteuil. »

Le 17 aout, les troupes gagnent le village de la Veuve. Le pays qu’ils traversent est triste et plat ; c’est ce qu’on appelle la Champagne pouilleuse. Du 17 au 29, les officiers vont à tour de rôle par groupe reconnaître mystérieusement divers secteurs entre St Hilaire et Suippe. La randonnée comporte 50 km à cheval coupés par trois heures d’excursion dans les boyaux et les premières lignes. C’est une distraction comme une autre. 

« La Veuve, du 18 au 28 août. Que faire au cantonnement ? On flâne. Néchin-Marty-Haas-Leclerc et moi »

« Conférence sur les gaz à Nanteuil, 7eme batterie. Schwander, Aubert et moi »

« Devant notre popote. Moi, Leclerc, Méchin, Schwob, Rouhard. »

« Duc – Méchin – Schwab – Schwander – du Colombier – Marty – Haas »

« Types de cagnas en sapes. » ( ce qui signifie : types d’abris en bois de sapin !)

« Locomotive blindée au camp de Chalons. août 1915. »

Le 29 août, les hommes ont enfin reçu quelques effets d’habillement et portent le casque qui ne les quittera plus. Le 30, on fait des reconnaissances et le 31 au soir, les positions sont occupées entre la ferme des Wacques et Jonchery.Sur les routes, la circulation est formidable : les camions et les prolonges forment de longues colonnes. Tout le long du front s’amoncellent les munitions et les matériaux. On construit les bivouacs d’échelon, les positions des batteries, et en ligne les places d’armes, les observatoires et les réseaux téléphoniques. C’est une attaque avec de gros moyens que pour la première fois on monte et partout règne une activité fiévreuse. Le 47 ème prépare tout dans les moindres détails. L’attaque est fixée au 25. Il y aura trois jours de préparation pendant lesquels on détruira les mitrailleuses et les fils de fer.Dans un ordre du jour aux troupes, le général Joffre expose les chances de succès : l’obstacle est formidable sans doute, mais les moyens ne le sont-ils-pas aussi ?

« septembre 15 – vue prise de mon PC. Ravin d’Herniés inondé de gaz toutes les nuits, la côte d’Hautremont où est le 1er groupe (Aillard) , le Bois Navé (3ème groupe) »

septembre – octobre 1915. La meurtrière offensive de Champagne.

« Le premier groupe quelques jours avant l’offensive de septembre 1915. 

?-?-?-de Florian, Fayette, Pouilley, Boutet, ?, Blanchet, Braun, Baillet, Marey, Ebersolt, de Villars, Foucault, ? »

Sur la photo, il indique d’une croix les officiers qui sont tués, et d’une double croix ceux prisonniers.

Le 12, les capitaines de chaque groupe s’en vont aux premières lignes avec leurs téléphonistes. Marty est le capitaine du 3ème groupe. 

« Préparation de l’offensive du 21 septembre. Marty et sa cagna à 151. »

Colonel Lacotte et moi – 12 septembre. »

« Un 220 allongé. Puisse-t-il faire de la bonne besogne !

12 septembre : Le Colonel et du Colombier. »

« 12 septembre 1915 – Près de l’observatoire de du Colombier. »

« Visite chez les fantassins. J’ai emmené Chippeaux, mon ordonnance. 20 septembre. »

Du 20 au 25, les batteries sans arrêt martèlent le front adverse rendant impossible la vie de l’ennemi en dehors des abris.

Les pièces, dont la moyenne de débit journalier atteignent les 800 coups, ne peuvent soutenir ces efforts que grâce à des soins constants. A tour de rôle, chacune d’elle s’arrête quelques minutes et les servants profitent de cet arrêt pour refroidir les tubes et graisser tous les organes. 

D’abord l’ennemi tolère l’activité puis peu à peu il touche les premières lignes et les batteries. L’ennemi est renseigné par déduction, par ses espions… Les pertes commencent à s’aligner …

« 23 septembre. La préparation d’artillerie est commencée. Pendant une accalmie. Commandant Martin – Duc – Rouhard. »

Le 24 au soir. C’est demain le jour J. La nuit se passe dans l’attente anxieuse de l’aube. La brume subsiste encore quand sonne l’heure fixée pour le débouché de l’attaque. Une éclaircie fugitive permet de deviner la sortie de l’infanterie. Des petits groupes se battent au milieu des lignes allemandes. Il y a déjà de nombreuses pertes. A l’heure fixée, trois sous groupes d’artilleurs « les pièces d’accompagnement » dirigés par des sous lieutenants ou lieutenants se précipitent vers la ligne ennemi pour se mettre en batteries mais la plupart tombent sous les balles tirées à bout portant … La 3ème pièce d’accompagnement commandée par le lieutenant de Carcouet en sort miraculeusement indemne. Sur la droite, la progression est plus ample et le 3ème groupe peut pousser ses batteries un peu plus en avant. Au centre et à gauche, les artilleurs réalisent des tirs précisant pour protéger les fantassins terrés dans des trous d’obus, éclaboussés par des tirs de mitrailleuses, matérialisant une ligne difficile à définir. Pour préciser cette ligne, les coureurs et téléphonistes font la navette. Les hommes tombent … Le 26, la situation s’éclaircit. L’ennemi lâche pied et l’infanterie progresse. C’est alors la chevauchée à travers les lignes conquises. Les groupes 1 et 2 traversent les bois déchiquetés qui empestent  les gaz, les téléphonistes courant rejoindre les officiers qui là haut sur la crête sont déjà au milieu de l’infanterie butée aux mitrailleuses d’une ligne nouvelle garnie d’un épais réseau de fils de fer. C’est cette ligne qu’il va falloir enlever. Attendant l’ordre d’attaque, les fantassins harassés sont étendus à la lisière du bois, le  bruit des balles dans les arbres les laissant insouciants. Qu’est ce que cela après ce qu’ils ont vu ? A 14 heures, la vague humaine doit s’ébranler à nouveau pour marcher à l’attaque. Les artilleurs du 47ème régiment ont alors pour mission de lui frayer la route. Ils ont une heure pour régler leurs tirs ce qui est complètement insuffisant. Les hommes tombent encore. Sur la droite, une brigade trouve un point faible sur la ligne et prend pied sans la tranchée des Tantes. Mais ils auraient besoin de renfort et les réserves tardent.Le soir, l’infanterie, réduite parfois à une compagnie par régiment, résiste sur le terrain qu’elle a payé trop cher pour le vouloir abandonner. Il y a forcément des trous dans la ligne avec des effectifs aussi appauvris mais le 47 ème régiment est là pour y parer ; les capitaines restent à l’observatoire avec le personnel de liaison et quelques officiers seuls redescendent vers les batteries pour y passer la nuit sur le qui-vive. Les balles de mitrailleuses, dont les trajectoires épousent la forme du terrain, les accompagnent dans ce pénible retour du 26 au soir et l’une d’elles blesse à la cuisse le lieutenant GORSE, orienteur du 2e groupe. La bataille continue ardente le 27. Malgré l’insuffisance des destructions, les attaques vont succéder aux attaques, avec la même énergie furieuse, pendant plusieurs jours encore. Sans souci de la fatigue et des pertes, l’artillerie fait ce qu’elle peut. Dans toutes les batteries, les capitaines, rivés aux observatoires de fortune qui couronnent la crête, interdisent à l’ennemi tout mouvement offensif et maintiennent inviolables les résultats acquis. Au 3ème groupe, le lieutenant Leclerc et le sous lieutenant Rouhard ont été mortellement frappés à leur poste d’observation. 

« 28 septembre 15. Une pièce de Marty (9ème batterie) faisant du tir à vue directe dans le bois 29. »

L’offensive a été terrible, la division perd une majeure partie de ses hommes… Le tiers des officiers est mort…

« 29 septembre. Nous prenons un féroce plaisir à dénombrer les cadavres boches. »

En voyant cette photo, je pensais au dormeur du val de Rimbaud :

"C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."

« Mais au bois 30, nous vivons 12 jours au milieu de véritables charniers. »

« Cinq cadavres boches à côté de mon réduit. »

Le 1er octobre, c’est le sous lieutenant Marey et le capitaine Foucault qui tombent… 

L’infanterie s’en va épuisée, l’artillerie reste. Des unités plus lourdes s’avancent.

« 3 octobre 1915. Mon téléphoniste Vatoux à mon observatoire du bois 30 traversé par un obus. »

Le 4, une compagnie peut passer à travers une brèche faite la veille. Le régiment reçoit alors l’ordre d’aller panser ses blessures … 

Cette offensive de Champagne est une des plus sévères actions dans lesquelles le régiment ait été engagé.

Le but final n’est pas atteint sans doute et Vouziers, dont on prononçait le nom à la veille du 25, demeure encore dans le lointain des lignes ennemies, mais une étape avait été faite, ils ont enlevé des fortifications que l’ennemi supposait inviolables.

Le régiment se rassemble au camp de Suippes dans la nuit du 10 au 11 après une marche rendue mouvementée par la persistance, des tirs ennemis et l’état chaotique du terrain. Le séjour dans le camp est utilisé pour panser les plaies et honorer les morts.

En tête des récompenses promises, arriva bientôt la première citation du régiment à l’ordre de l’Armée (une des premières données à un régiment d’Artillerie) puis, des citations individuelles à tous les échelons et enfin des médailles militaires et des Légions d’honneur. 

« 11 octobre. Les récompenses. Le Colonel Lucotte remet la Légion d’honneur à Delerot, Sthrol et de Carcouet, au camp de Suippes. »

« Le 11 octobre 1915 – Après la remise des décorations, on va boire le champagne. »

« 13 octobre. On devise sur les événements terribles qui viennent de se dérouler. Bordeux, le Colonel et moi.

« A Jonchery, la tombe de de Villars tué le 21 septembre. »

Le 19, un nouvel ordre d’alerte brutal fait sauter tout le monde à cheval. A 15h, le régiment s’en va pour aller à Mourmelon à 25 km de là. Le groupe 3 bivouaque dans la région et ne montera en ligne que le 25. Ils subissent des bombardements sérieux avec l’obligation de changer fréquemment de positions. Mais il y a plus de fatigue que de casse. Ils restent dans le secteur Weze-Thuizy-Prosnes jusqu’au 13 décembre 1915. Ils gardent dans l’ensemble une impression plutôt bonne de cette période intermédiaire entre l’attaque de Champagne et la montée à Verdun.

 » octobre 1915. Aux ouvrages blancs. Ragot et sa pièce contre avions. »

« Plateforme et camouflage de la pièce de Bagot. »

Novembre et décembre 1915

« Novembre 1915 – Autel de campagne installé dans le bois de sapin à l’Est de 148. »

« Novembre 1915 : On construit la 9ème batterie. »

« En décembre 1915, à Baconnes, la 9ème batterie (Marty) « 

« Autre aspect de la 9ème batterie. »

« Décembre 1915. Marty dans sa cagna. »

On peut voir les cartes accrochées au mur.

« Mon PC à Baconnes. Ma canna souterraine est dans le fond. Je suis très fier de mon oeuvre. »

« Tout au bonheur de vivre, nous nous livrons, mon cher petit adjoint Aubert et moi, à l’art de la photographie, sans grand succès d’ailleurs. Décembre 1915, dans notre bois de sapins de Baconnes »

Le régiment quitte ses positions dans la nuit du 13 au 14 décembre 1915 pour gagner par étapes la zone voisine de Bar-le-Duc. 

« Excusez ma pause, le soleil me tape dans l’oeil ! 13 décembre 1915. Château de Fagnières. »

« 14 décembre 1915. Au château de Fagnières, après le déjeuner d’adieu offert au colonel Lucotte.

Méchin – Mégnin – Bagot – Bordeux – Duc – Aubert – Dreyfus – moi – le colonel Lucotte – Ilbert. Un avion nous survole durant la pose. »

Le 15 le régiment stationne dans la région de Songy. C’est là que le colonel Lucotte vient lui faire ses adieux. 

« Mon adjoint Aubert »

« Notre propriétaire, le vieux monsieur Marcheret, habillé en guerrier. »

Le 19 décembre, le colonel Bernard est désigné pour remplacer le colonel Lucotte. Il prend son commandement alors que les groupes s’installent dans leurs campements définitifs de Mesnil-sur-Saulx, Le Bouchon et Danemarie-sur-Saulx.Du 19 décembre au 15 janvier, les unités ne quittent pas cette zone. 

« Pendant ma permission, réception du colonel Bernard par le 3ème groupe à Dammarie. Marty, Bordeux, Bernard, Moi, Bagot, Monnot, Ilbert, Christe, Aubert, Méchin. »

« Le groupe au repos à Dammarie du 18 décembre 1915 au 15 janvier 1916. Devant la porte de la popote. Au centre, le colonel Bernard nouvellement arrivé. Le colonel Bernard a été tué le 25 juin 1917. »

En route vers Verdun … : janvier-avril 1916

« En permission à Dijon du 6 au 14 janvier 1916 »

On voit ici ses deux filles : Cécile à gauche et Suzanne à droite.

« Sur la place Saint Bernard »

Le régiment va au camp de Mailly du 23 janvier 1916  au 3 février pour faire des manoeuvres et achever la mise au point d’ensemble entre l’artillerie et l’infanterie. Cantonné dans les villages qui avoisinent le camp, le régiment n’y goûte pas sans doute un grand confort mais la possibilité de vivre et de galoper loin des marmites constitue à elle seule un charme appréciable.

Le 3 février 1916, la division quitte brusquement Mailly et, par voie ferrée cette fois, regagne la région de Revigny, Bar-le-Duc.

Est-ce à dire que quelque chose se prépare ?
Mystère. Nul tuyau ne circule.
Sceptiques donc sur le lendemain, les hommes philosophiquement se contentent de vivre gaiement ces quelques journées du 3 au 10 pendant lesquelles ils s’acheminent, par voie ferrée, jusqu’à Revigny puis, par la route, jusqu’à Trémont.

Le 10 février 1916 au matin, parvient l’ordre de pousser des reconnaissances dans le secteur de Clermont-en-Argonne. Le secteur est réputé calme, les officiers annoncent à leurs hommes la bonne nouvelle. Mais un contre ordre bref leur ordonne de retourner dans leurs cantonnements. Il paraît qu’une menace très sérieuse est craindre du côté de Verdun. Mais le 15 brutalement des automobiles viennent enlever les officiers, le régiment doit suivre c’est sûr … A la nuit noire, les commandants de groupes et de batteries, auxquels s’est joint le colonel BERNARD, arrivent à la caserne Bevaux où, d’importants bureaux organisent la défense de Verdun. La mission très brève est vite donnée : une formidable attaque est imminente, elle devait avoir lieu le matin, elle aura peut-être lieu le lendemain, il faut, qu’au jour, les batteries soient en mesure d’assurer le barrage. Comment conduire et mettre en place, de nuit, de l’artillerie dans un terrain inconnu ? Les batteries, par une pluie torrentielle que vous fouette au visage un vent glacial, gravissent les pentes des Hauts-de-Meuse. Au jour les groupes 2 et 3 étaient en place prêtes à tirer. C’est de cette façon que le 47ème régiment fut jeté à Verdun. 

Trempés jusqu’aux os, hommes et officiers bivouaquent dans les marais, la pluie continue très froide. C’est dur et, pour la première fois, quelques-uns parmi les plus robustes tombent malades (le lieutenant de VERCHÈRE, lui-même, est évacué avec un commencement de congestion).
On serre des dents pour ne pas grelotter, on réagit et on s’organise. L’attaque se confirme, de plus en plus probable, de plus en plus formidable. Nombreux sont les déserteurs allemands, qui, chaque jour, quittant les lignes ennemies, viennent nous en donner tous les détails et nous communiquer jusqu’aux ordres du Kronprinz.

Sur plusieurs kilomètres de profondeur, depuis la zone de Montfaucon, jusqu’à celle d’Étain, des canons se touchent, prêts à ouvrir le feu.

En arrière, des munitions forment des pyramides qui émaillent toute la plaine.
Sous les tirs de préparation, rien ne pourra résister ; ce qui ne sera pas écrasé sera noyé sous une vague de gaz qui ne pardonnera pas. Ces renseignements sont vraiment effrayants.

Au matin du 21, le colonel BERNARD convoque les commandants de groupement pour leur donner ses dernières instructions.
Pendant cette réunion, l’ennemi commence un bombardement violent jusqu’à l’extrême limite de la portée de ses canons. Le marmitage infernal continue jusqu’au soir. Le 3ème groupe annonce 44 chevaux et 22 hommes hors de combat … Le capitaine Marty, un des officiers les plus aimés de ses camarades et de ses hommes, est tombé … Au PC de la scierie, les explosions se succèdent sans arrêt. Le 23, le régiment vient en aide à la 51ème division mais le 3ème groupe subit sa riposte qui brise un canon, fait sauter un caisson et blesse deux canonniers et le lieutenant Aubert. A 15 heures, l’attaque générale prend de l’ampleur. L’ennemi progresse sur les Hauts-de-Meuse et s’approche de la 9ème batterie. Le lieutenant Duc récupère les canons pour ne pas les laisser à l’ennemi. On replie le 3ème groupe, on organise le ravitaillement pour la nuit mais un coup de téléphone à minuit avec ordre de détruire les munitions qu’on ne pourra emporter et de se rendre sur les Hauts-de-Meuse pour y être en batterie avant le jour. Le souvenir de cette nuit obsède tous ceux qui l’ont vécue. Avant le jour, les canons quittaient les positions, n’y laissant pas un seul obus. Ce qui n’avait pu être tiré, avait été détruit, défoncé, noyé, enterré et non brûlé pour ne pas faire voir à l’ennemi des incendies précurseurs d’un mouvement de retraite. Et ils s’en vont sous les rafales , le long des routes encombrées d’une triple rangée de voitures, où l’on voit, pêle-mêle, des batteries d’artillerie, des T. C. d’infanterie et des véhicules de tous genres. La neige tombe fine et drue et, de temps à autre, une grande flamme illumine l’horizon, c’est un dépôt de gargousses ou de grenades qui saute. Le 25, ils occupent l’éperon qui entre Tavannes et Moulainville surplombe la Woëvre. Le 26,le fort de Douaumont, premier pilier de la défense, a été enlevé le matin par surprise par l’ennemi. Le général Pétain vient d’arriver, l’armée s’organise puissamment. 

Le lendemain, le 27 février,  un affreux bombardement s’abat sur les ruines de Vaux et sur les baraquements de Souville qui bientôt ne forment plus qu’un brasier.Le 3ème groupe fait une concentration sur le vallon de Vaux et l’attaque n’a pas lieu.

La période qui va suivre est surtout marquée par la fréquence journalière des tirs à obus toxiques, les gaz qui s’en dégagent stagnent dans les ravins et rendent plus épouvantable encore l’existence des coureurs et des téléphonistes. L’aviation allemande continue son oeuvre déprimante. Le 7mars, le régiment espère une relève mais la relève de l’artillerie est suspendue car une attaque est imminente. 

Pendant toute la journée du 9, la situation dans la région de Vaux est confuse.Le soir, trois officiers de la 8e batterie, ensevelis dans un abri par un obus à gaz, sont évacués avec d’horribles brûlures, ce qui porte à plus de 15 les pertes de ce jour. Le 10, c’est la relève du 3ème groupe, épuisé. 

« Mon PC, du 25 février au 10 mars, sur la route de Souville à Tavannes. Intact à mon arrivée, il reçoit 7 obus pendant mon séjour. C’est pour moi la période la plus dure de la guerre. Photographie prise au mois de mai tandis que j’étais à Tavannes. « 

A Verdun, nos canons sautent et les éclats tuent nos servants. »

« 10 mars 1916. Mon arrivée à Vaudrecourt en quittant l’enfer de Verdun. »

Le commandant Masson s’en va avec le colonel Bernard à l’aube du 13, sur une route parsemée de cadavres et de débris de toutes sortes. Là des voitures, là des chevaux coupés en deux, tout n’est que chaos dans cet arrière front de Verdun.

Bilan pour le 47ème régiment de cette bataille de Verdun : trente-six tués, quatre disparus, cent blessés… Son déchet en chevaux dépassait deux cents. Chaque batterie a dû remplacer au moins deux fois
ses canons et a tiré chaque jour plusieurs fois le plein de ses coffres.

Verdun fut un charnier, un chaos.
Pas un atome de terre, sur les flancs torturés de ces collines qui n’ait entendu souffrir, ou qui n’ait vu mourir.

Le groupe 3 a alors jusqu’au 12 avril 1916 un repos complet dans la région de Foug. 

« Mars 1916. A Foug. On ne pense plus à la guerre. »

portrait de Léon

« A Foug. Christe. 7ème batterie. »

« Dreyfus. 7ème batterie. »

« 1er avril 1916. Repos bien gagné à Foug. Nous allons, le Colonel Bernard et moi, visiter le fort de Liouville qui est considéré par les Allemands comme entièrement détruit. »

« Autre aspect des souterrains de Liouville. »

(La photo est bien abimée…)

« A la popote à Foug. Mignin, Dreyfus, Aubert, Monnot, Bagot. Excellente période. »

« Avril 1916 – L’usine de pyrotechnie de Foug. Commandant Aubert – Capitaine Boisseau. »

« Monnot – Dreyfus – Bagot – Vacon le 11 avril 1916. »

Puis le 12 avril, ils évacuent les cantonnements pour retourner au front de Verdun … 

« En route de nouveau pour Verdun. On n’est pas gai !

Rigaud – Mégnin – Aubert – Bagot. »

Du 15 au 20 avril 1916, c’est l’attente précédent la montée en ligne, les commandements sont réorganisés.

Le 21, le 3e groupe, qui, lors de la première affaire, a été le plus sérieusement engagé, est logiquement désigné pour occuper la meilleure des trois positions. Près du carrefour de la Madeleine, à bonne distance des lignes, il peut diminuer ses pertes et, grâce à des liaisons relativement faciles avec l’arrière, réduire au strict minimum la fatigue des conducteurs et des chevaux. Il coopère énergiquement à la défense du front dont il a la garde.

« avril 1916 – Verdun, le haut de la rue Saint Pierre »

« la rue Mazel face au collège qui est vu dans le fond. »

« Le théâtre vu du Pont-Neuf – Intérieur effondré. »

« 27 avril – Les bords de la Meuse pris du Pont Sainte Croix. »

« Mai 1916. Le 3ème groupe jouit du beau soleil au milieu du bois de la Madeleine. On banquète et on fait de la musique. Mais on rentre précipitamment le phonographe lorsque les marmites et les 13 viennent l’accompagner. Aubert, Dreyfus, Astier, le brave Rigaud (tué le 24 avril 17), Bagot, Christe. »

« Les échelons du 3ème groupe dans le fond de Belrupt, si bien camouflés qu’au milieu des mariages de leurs voisins, ils n’ont jamais pu être repérés. Mai 1916. La visite des chevaux. le vétérinaire Lamy et le gros adjudant Paquette. »

« La cour du fort de Tavannes après l’explosion du 7 mai nous bouchant dans notre casemate. »

Relevés de Verdun dans la nuit du 18 au 19 mai 1916, les groupes s’en vont bivouaquer à Senoncourt. 

« 21 mai. La maison de mon ami Vincent à Haussignémont. »

Le 22 ils embarquent à destination des Vosges. Les groupes débarquent à Bruyèrs, Cornimont et La Chapelle. 

« 22 mai 1916. En gare de Revigny. Obus boches de 420 et de 380. Astier, Waelir, Bagot et moi.

Du 25 au 30 mai, les unités restent en place. C’est le repos. Les hommes profitent de l’air pur des Vosges.

Les hommes bénéficient d’un calme à peu près complet pendant cette trop courte période, mais les officiers doivent encore l’abréger pour aller faire les reconnaissances des secteurs qu’ils iront occuper. 

Puis les batteries ont une action défensive dans différents secteurs. Pendant cette période, les hommes en étalant leurs dispositifs font de longues randonnées au grand air. C’est une période assez calme, avec seuls quelques blessés légers.  

« Le jeune Bagot, 7 ème batterie, puis mon adjoint. »

« Quelle drôle de guerre ! Lamy et Bagot dans le secteur de Guebviller. juin 16. »

« Juin 16. Ilbert en observation sur le Guebviller. »

« « 21 juin. Charmante promenade. Pose au lac de Schiessroth. Delcrot et Ebersolt. »

« Juin 16. Promenade avec le Colonel Bernard au Hohneck. Hôtel du sommet. »

juillet 1916 : permission à Dijon et en route vers la Somme …

« 9 bons jours de permission au milieu des miens à Dijon. J’y retrouve Alice et Henri. Du 27 juin au 5 juillet 1916. »

A gauche, on voit Alice, la soeur aînée de Léon. Elle est mariée à Alexis Basse et a deux fils, Henri et André.  A côté d’elle : Suzanne, Léon et Camille.

Camille et ses deux filles.

Léon !

deux portraits de Camille

Cécile avec Suzanne en arrière plan.

Le 18 juillet 1916, les trois groupes atteignent la zone de Bruyères où ils s’embarquent vers le 20. 

« En route pour la Somme. Lamy – Ilbert – Dreyfus – Astier – Wadis – Bagot – Rigaux – 19 juillet 1916. »

Le 21 au soir, les unités débarquent aux abords immédiats d’Amiens, en arrière du front où l’offensive du général Foch bat son plein. 

« 2 jours avant de monter en secteur, un repos me permet d’aller à Amiens embrasser Louise et ses enfants. 22 juillet 1916. » 

Louise et son frère Léon

Louise entre ses deux filles Annette et Thérèse.

Léon entre ses deux nièces Annette et Thérèse.

J’ouvre un nouvel article pour continuer l’album car il devient un peu long !!!

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Pierre Pigache (Sosa C8)

Je me consacre à présent aux arrière grands pères de Christophe, mon mari.

Je commence avec le père de son grand-père paternel, Pierre Pigache. Je ne suis pas encore très riche en renseignements mais je préfère quand même faire la fiche tout de suite, quitte à la compléter plus tard.

Pierre Charles Aimé Pigache est né le 3 février 1893 à Millam, dans le Nord, près de Dunkerque. Il est le fils de Charles Pigache et de Théodosie Tétart. C’est le petit dernier d’une fratrie de cinq enfants : A sa naissance, son grand frère Joseph a 11 ans , Raphaël 9 ans, sa soeur Marie 6 ans et son frère Edmond 2 ans et demi. Ses parents, eux, sont âgés de 37 et 39 ans et son père est instituteur.Capture d’écran 2015-10-01 à 11.06.42

Transcription : « L’an 1893 le 3 février à 8 heures du matin (…) commune de Millam, canton de Bourbourg, arrondissement de Dunkerque, département du Nord, a comparu Pigache Charles Joseph âgé de 37 ans, instituteur, né à Watten, domicilié à Millam, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin né aujourd’hui à 1 heure du matin, de lui déclarant en sa demeure sise à la place de cette commune et de Tetart Théodosie Aurélie, âgée de 39 ans, son épouse, demeurant avec lui audit Millam auquel enfant il a été donné les prénoms de Pierre Charles-Aimé. Les dites déclaration et présentation ont été faites en présence de Héban Charles, cultivateur, âgé de 45 ans et de Van Haecke Emile, cultivateur, âgé de 30 ans, tous deux domiciliés à Millam. « 

Pendant la première guerre mondiale, Pierre appartient au 73ème régiment d’infanterie.

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J’ai trouvé sur internet (vive google, tout simplement !) un document très intéressant qui relate tous les faits du régiment pendant la guerre de 14-18 : journal des marches et opérations du 73ème régiment d’infanterie.  On y voit le nom de Pierre Pigache à plusieurs reprises :

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Capture d’écran 2015-10-01 à 21.41.41

On voit qu’il a été blessé pendant la bataille de Verdun le 28 février 1916. Il est alors caporal.

Voici le récit de cette journée :

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Nous sommes allés voir le grand-père de Christophe, mon mari, : Joseph Pigache, le fils de Pierre. Il nous a raconté que le jour de cette fameuse blessure dont je viens de vous parler, il portait dans sa poche, contre son coeur, son livre de prières que voici : P1040741P1040743

Un éclat d’obus a touché Pierre à la poitrine et a été arrêté par ce livre de prières. P1040737

On voit clairement la trace de l’impact …P1040755

Voici l’arrière du livre : l’éclat n’a pas pu traverser le livre, il a déformé la couverture !P1040734

On voit ici Joseph, le fils de Pierre, montrer ce livre à son arrière petite fille Lison, livre sans lequel ils n’existeraient ni l’un ni l’autre ! Transmission de l’histoire familiale !

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Pierre n’a donc été finalement que légèrement blessé. Il aura deux autres blessures légères au cours de la guerre, dont une au deltoïde.

Le 14 juin 1916, 43 croix de guerre sont remises aux soldats. Pierre faisait sûrement parti du lot car il est noté sur son livret de famille qu’il a eu la croix de guerre.

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A un moment donné, il appartint aux corps francs, ou plutôt je pense aux « nettoyeurs de tranchées » c’est-à-dire qu’il allait après un assaut dans les tranchées ennemis pour « nettoyer » chaque parcelle de toute présence ennemie. … c’est la guerre …

On parle aussi de lui le 28 avril 1918 :

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Il y est indiqué qu’il est alors aspirant, ce qui est un grade intermédiaire avant d’être officier.

Il se marie un mois après ! D’ailleurs on peut lire que pendant le mariage le 21 mai, ils sont en repos et en instruction.

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Pierre se marie donc dans le Vème arrondissement de Paris le 21 mai 1918 avec Elisabeth Bèle. Elisabeth est originaire du Nord mais pour qu’ils puissent se marier, elle sera domiciliée à Paris, la ville dont elle est originaire étant en zone de front.

Pierre a raconté à son fils Joseph plusieurs anecdotes sur son mariage : l’enfant de choeur aurait fait tomber les alliances et l’on s’est mis à quatre pattes pour les chercher ! Pierre racontait aussi que leur nuit de noces a beaucoup été perturbée par la grosse Bertha qui les a obligés à plusieurs reprises à aller se réfugier dans les abris au sous-sol !

 

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La guerre est terminée mais Pierre est toujours avec son régiment. On voit qu’il quitte le régiment le 2 mars parce qu’il est malade. Mais il y retourne le 23 mars ! Il est alors sous-lieutenant.Capture d’écran 2015-10-01 à 22.02.40 Capture d’écran 2015-10-01 à 22.03.17

Puis ils se domicilient à Malo les Bains, qui est de nos jours un quartier de Dunkerque. D’ailleurs dans le journal du régiment, on voit qu’à un moment ils se sont arrêtés plusieurs jours dans cette ville pour se détendre. Est-ce que la ville a plu à Pierre et qu’il a voulu s’y installer ensuite ? Je ne sais pas !

Pierre trouve du travail aux aciéries et forges de Firminy.

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(J’ai trouvé les photos : ici )

Pierre et Elisabeth ont 6 enfants :

  • le petit Pierre (Pierre Charles Eli, à ne pas confondre avec son père Pierre Charles Aimé !) , né le 2 août 1920. Son père a alors 27 ans.
  • Puis Joseph, le grand-père de Christophe, le 6 juin 1922
  • Jean, le 14 avril 1924
  • Marie-Cécile, le 27 mars 1926
  • Geneviève, le 29 février 1928
  • Marie-Claude, le 16 avril 1930.

L’aîné et la benjamine ont donc 10 ans d’écart. Les voilà tous les six :

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Voici leur livret de famille :

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Le voici plus âgé avec sa femme Elisabeth, entourés de leurs petits enfants.

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Il est décédé le 28 juin 1984 à âge de 91 ans.

 

 

Généalogie de ma famille, pourquoi, comment ? [Geneatheme]

Aujourd’hui, je voulais vous parler un peu de ce qui m’a conduit à faire de la généalogie, comment peu à peu je m’y suis intéressée, les chemins qui y ont mené, les détours, les pauses, les recommencements … Parce qu’il n y a pas une origine à cet intérêt, il y en a mille ! (bon, peut-être un peu moins !)

Tout d’abord, indubitablement, il y a cette maison qui est dans la famille depuis environ 1850, achetée par mes arrière-arrière grands-parents et qui appartenait à ma grand-mère quand j’étais enfant. Nous y passions chaque année une bonne partie de mes vacances d’été avec mes cousins, et c’est une maison qui est restée figée dans le temps.

Dans la cuisine, subsiste dans un coin la vieille cuisinière à bois datant de Mathusalem…

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Partout sur les murs, de vieilles photos (ici mon arrière grand père Léon et ma grand mère Suzanne)…

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Les placards étaient des coffres aux trésors pour la petite fille que j’étais, recelant des livres d’enfants du début du siècle, des meubles de poupées tout aussi anciens, un jeu de culbuto que nous adorions, …

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Tout un bric à brac amusant et intrigant …

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Et puis dans les discussions avec ma grand-mère Suzanne, ma tante, ma maman, j’entendais très souvent des noms de personnes que je n’ai jamais connues « Tante Cécile », « Gros Maman », « Mamée », « Tante Tavie » …, des histoires de guerres, les médailles de « grand-père » dont sa fille Suzanne était fière, …

BONMAM

Toute une ambiance donc de passé, de temps anciens …

A l’adolescence, j’ai passé pas mal de temps dans la bibliothèque de mon grand-père  René, à dévorer des livres (il y avait une bonne partie de la littérature !). (Sur la photo, on n’en voit qu’un bout !)

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Et puis, lorsque j’avais une vingtaine d’années, j’ai perdu ma maman, ce qui, vous vous en doutez, a été très douloureux.

Je crois me souvenir que c’est peu de temps après que j’ai commencé à faire de la généalogie. J’avais peut-être vu un livre en librairie à ce sujet, ça je ne me souviens plus. Mais ce n’est sans doute pas anodin de m’être lancée à ce moment. Un moyen sans doute d’une part de « m’occuper la tête », et de l’autre de me sentir proche d’elle, de ce qu’elle avait vécu, de ceux qu’elle a aimés, …  même si elle n’était plus là.

Alors je crois que j’ai commencé à interroger notamment ma tante (ma grand-mère aussi était décédée quelques années auparavant) et à prendre des notes pour me repérer dans les ancêtres proches (ces oncles, tantes, arrière grands parents, cousins …).

Et puis j’ai commencé à fouiner d’un peu plus près dans cette maison de famille, ouvrir chaque tiroir, chaque placard …

Et là une foule de renseignements s’offraient à moi !

Tout d’abord un arbre généalogique que j’ai déjà évoqué dans mon article sur Léon qui me donnait déjà un bon point de départ pour la famille Roussel !DSCN6850

Et puis plein de lettres disséminées un peu partout que j’ai commencé à lire, de très vieux papiers donnant des informations précieuses …

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Et puis des albums avec des photos très anciennes ! Et en plus, la plupart du temps, mes grands parents avaient eu la bonne idée de marquer les noms ! Ce qui fait qu’à force de les regarder, ces visages me sont devenus familiers !

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J’ai commencé à faire des copies de certaines photos, de certains papiers ou courriers riches d’informations … C’est là qu’en discutant avec une de mes tantes j’ai appris l’existence du cahier de mon grand-père que j’ai photocopié. J’ai aussi emprunté les bobines des vieux films de mon grand père que j’ai apportées chez un spécialiste qui à l’époque me les a mis sur cassette VHS (j’ai numérisé le film depuis). J’avais donc un témoignage extraordinaire de la vie de notre famille de 1924 à 1952.

Je vous remets ici le mariage de mes grands-parents en 1925 si vous ne l’avez pas vu dans mes articles précédents :

J’ai fait le tour du cimetière qui se trouve juste à côté de la maison, et mise à part la tombe familiale que je connaissais bien, j’ai trouvé une autre tombe de la famille, pas très lisible, mais c’était bien ça !

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J’ai aussi fouillé dans le grenier, et en ai retiré des cadres, et notamment cette caricature représentant un arrière grand oncle !

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Une fois la maison bien explorée (mais bon, ce n’est pas fini, il faudrait que je numérise tous ces documents, et c’est loin d’être fait !), je suis allée aux archives municipales du village où par chance des archives très anciennes étaient conservées, et j’ai commencé à les éplucher, trouvant une mine de renseignements. Et oui, c’était il y a environ 20 ans, les archives en ligne n’existaient pas ! Et puis mon père s’est pris au jeu et nous avons visité les mairies alentours pour continuer notre arbre. J’ai commencé à faire un arbre en forme de roue. J’avais des notes de partout, des cahiers remplis, des fiches bristol pour chaque individu…

A la même époque, j’ai fait pendant quelques temps un petit journal familial (papier !) qui me permettait de donner des nouvelles de chacun, d’y insérer un ou eux articles plus généalogiques. Mon père y faisait un mots croisés sur le thème de la famille …

De retour chez nous, j’ai commencé avec mon père à faire des recherches de son côté, les archives départementales de Privas n’avaient plus de secrets pour nous. Ma tante, Lucile, la soeur de mon père, s’est également prise au jeu ! C’était très sympa. On aussi fait le tour des cimetières, essayé de retrouver où pouvaient être situées les fermes de nos ancêtres … On est allé faire aussi un tour en Auvergne, du côté de chez mon grand père René, pour voir d’un peu plus près les lieux où mes ancêtres avaient vécu.

Et puis la vie avance, j’avais moins le temps, je me suis mariée, les enfants sont nés, je faisais nettement moins de généalogie.

Ensuite j’ai acheté le logiciel Heredis, je m’y suis remise pour entrer mes données, l’ordi a planté, pertes des données, découragement … Quelques temps après, j’ai rentré à nouveau les données, mais de façon moins précise, j’étais un peu dégoûtée …

Puis, avec l’arrivée des données en ligne, de temps en temps, je faisais des recherches, trouvait des infos intéressantes, prenait contact avec des « cousins » qui me faisaient avancer, mais ce n’était pas toujours très structuré.

J’ai commencé à m’intéresser aussi un peu du côté de mon mari, récupérer quelques photos et docs à droite et à gauche.

De son côté, prenant exemple sur mon grand-père, mon père a lui aussi rempli un cahier de ses souvenirs directs ou indirects.

Et ce qui m’a fait replonger dedans de façon plus intensive va-t-on dire, c’est que d’une part j’ai plus de temps car j’ai arrêté de travailler pour m’occuper de mes cinq loulous, et d’autre part l’été dernier, toujours dans cette maison familiale, les enfants eux aussi se sont pris au jeu et ont fait les curieux ! Je raconte cette découverte dans un article sur mon autre blog : Faire son arbre généalogique.

C’est alors que j’ai pensé commencer un blog, une façon de sauvegarder ces documents et photos précieux et de les partager, une façon de raconter à mes enfants l’histoire de leur famille, une façon de la raconter aussi aux autres membres de la famille que ça pourrait intéresser, une façon, ça je l’ai découvert, de « rencontrer » d’autres généalogistes passionnés, une façon aussi de découvrir peut-être des cousins éloignés qui pourraient me donner des renseignements, des documents …? Alors du coup, je repars un peu du début, mes grands parents, mes arrière grands parents. J’avais réalisé un gros classeur où, classés par numéro de sosa, j’avais mis dans des pochettes plastiques, documents (originaux ou copies), photos … concernant chaque ancêtre. J’avais aussi des documents scannés qui traînaient sur l’ordi. J’en ai profité pour rechercher sur internet les actes qui pouvaient me manquer. Parallèlement, ma belle mère a ressorti de ses affaires des cartons avec des documents récupérés récemment chez sa tante décédée, avec plein de livres de famille, photos, lettres, … qui vont bien nous servir de son côté ! (Bon, ça se complique, car il y a pas mal d’ancêtres espagnols et là, je maitrise moyen …). Du boulot quoi !!!

Voilà, on peut dire qu’en plus de vous expliquer le pourquoi du comment, j’ai répondu aux généathèmes de septembre : pourquoi j’en suis venue à faire ce blog, comment je m’organise en ce moment, et puis les photos, je scanne, je scanne !

 

 

 

Léon Roussel [Sosa 14]

C’est certainement en découvrant ce grand arbre généalogique dans la maison familiale que le goût de la généalogie est venu me titiller ! Il était en piteux état, coincé derrière un meuble, pas facile à lire et donc intrigant ! Si j’en parle ici, c’est qu’il a été fait par mon quatrième arrière grand père : après Firmin l’ardéchois, Ernest l’ouvrier en chaux et ciment et Victor le propriétaire terrien auvergnat, voici Léon Roussel, le colonel lorrain, le père de ma grand-mère maternelle.

Le petit Auguste Léon Roussel est donc né en Lorraine, à Verdun, le 22 novembre 1866. Il est le fils d’Edmond Roussel et de Gélasie Henry. Il a une grande soeur Alice née en 1859 (de 7 ans son aînée), un grand frère Camille né en 1863 et une petite soeur Louise née en 1873. Il y eut aussi un petit frère Louis qu’il n’a pas connu, mort bébé, en 1861/1862.

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(Transcription : L’an 1866, le 23 novembre à midi, devant nous Charles Louis Benoit,  (etc…) a comparu en l’hôtel de ville Claude Edmond Roussel, âgé de 35 ans, conducteur des Ponts et Chaussées, demeurant à Verdun rue de la rivière, lequel nous a déclaré que Marie Henriette Gélatine Henry, sa femme âgée de 32 ans, sans profession, avec lui domiciliée, était accouchée dans son domicile, hier 22 novembre à 10 heures du soir, d’un enfant de sexe masculin qu’il nous a présenté et auquel il a dit vouloir donner les prénoms de Auguste Léon, les dites déclaration et présentation faites en présence de Jean-Joseph Lambert, âgé de 50 ans, professeur et de Auguste Adolphe Dupuis, âgé de 45 ans, serrurier, tous eux demeurant à Verdun, amis des père et mère de l’enfant (…) »)

La famille habite au centre de Verdun, rue de la rivière, qui est actuellement la rue Schleiter, près de la rivière de la Meuse.  Capture d’écran 2015-09-24 à 12.04.19images

Dans le fameux cahier de mon grand-père, son fils André, mon oncle, a lui aussi rajouté des notes de ce qu’on lui avait raconté, notamment son grand-père Léon.

« Grand-père [Léon, donc] me racontait qu’en 1870 (il avait alors 3 ans)n un Prussien (sans doute de l’armée qui poussait sur Sedan) cantonnait chez eux et, ayant un enfant du même âge sans doute, prenait le petit Léon sur ses genoux, à la cuisine, lui donnait des tartines de beurre ou des gâteaux en lui racontant … à la grande fureur des bonnes qui étaient contre la fraternisation !!! » »

Mais une terrible épreuve les attend : Gélasie, la maman de Léon, décède en 1873 de la tuberculose. Léon a 6 ans et la petite Louise n’a alors que 6 mois.

Edmond, le père de Léon, décide donc de se remarier en 1875 avec la soeur de son épouse décédée, Adeline Henry, elle-même veuve à peu près en même temps qu’Edmond.

Les enfants sont attachées à cette tante qui devient leur « Maman Dédé ».

Léon va au lycée impérial de Bar le Duc, situé à une cinquantaine de km au Sud de Verdun. Il est alors pensionnaire.

lycée impérial bar le duc

D’autres souvenirs :

« Léon, pensionnaire au Lycée de Bar le Duc, où le concierge (une jambe de bois, emploi réservé sans doute), les réveillait encore le matin en jouant du tambour .A 4 heures il tenait boutique pour vendre chocolat et bonbons, ayant droit, comme chaque élève à 4 heures à un gros morceau de pain. La technique consistait à prendre le quignon. On avalait en vitesse la mie et on mettait le quignon sous le robinet : l’eau détrempait la croûte, qui pouvait être avalée en une seconde et on pouvait jouer plus longtemps ! « 

Voici un certificat d’aptitude qu’il a obtenu en 1880, alors qu’il est en classe de quatrième. Il a 13 ans.

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Il devient ensuite bachelier ès Sciences en 1883, à l’âge de 16 ans.

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Un autre souvenir de l’adolescence :

« Léon, adolescent, aimait bien remonter durant les vacances la Meuse, entre Verdun et Montmédy, avec son père qui, sous ingénieur des Ponts et Chaussées, devait inspecter régulièrement les ponts de son secteur, et pour ce faire se déplaçait dans un petit bateau : la « nacelle » « 

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Il poursuit ses études en devenant élève de Polytechnique, suivant les traces de son grand frère Camille.

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Quelques souvenirs encore, mais cette fois en tant que jeune officier :

« Jeune sous-lieutenant, après les manoeuvres au camp de Chalon … quand ils avaient trop arrosé la fin des manoeuvres, ils mettaient le plus ivre, celui qui ne tenait plus sur ses jambes, entre deux autres, en meilleur état et ils rentraient ainsi, bras dessus bras dessous par groupes de trois !

Quand il était sous-lieutenant à sa première affectation – Stenay je crois- car c’était alors une ville de garnison, la coutume voulait que, lorsqu’un des jeunes officiers changeait de garnison, il soit conduit jusqu’à la gare où il prenait son train, en landau découvert attelé de l’attelage d’un canon (puisqu’ils étaient artilleurs) soit 4 ou 6 chevaux avec 2 ou 3 cavaliers (un par paire de chevaux), la voiture entourée de tous les autres jeunes officiers, à cheval, sabre au clair, faisant une escorte d’honneur, le tout au triple galop, même dans les rues étroites de la ville. »

En 1891, il est lieutenant au 8ème régiment d’artillerie.puis change plusieurs fois de régiment.

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La même année, une autre épreuve l’attend : son frère Camille dont il est semble-t-il très proche décède en 1891 de la tuberculose, la même maladie qui a emporté leur mère 18 ans auparavant. Léon a 24 ans, Camille 28 ans.

Et puis son père cherche sans doute à le marier puisqu’on a une photo de sa première entrevue avec celle qui deviendra sa femme, Camille !

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De gauche à droite : Camille Develle, Edmond roussel (le père de Léon), Léon, Pierre Develle (le père de Camille) et sans doute Marie, sa mère.

Toujours est-il que le 3 aout 1898 à Nolay (en Côte d’Or, village de la jeune épouse), Léon Roussel à l’âge de 31 ans, épouse Camille Develle 31 ans également.

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On le voit tout fier (tout petit, mais tout fier !!!) au bras de sa jeune épouse, entourés de tout la famille, dans la petite cour de la maison de Nolay.

De gauche à droite, en bas : Henri Basse (fils de sa soeur Alice), Marie Proudhon (mère de Camille), Pierre Develle (père de Camille), sans doute Alice, la soeur de Léon, entre Alice et Camille je ne sais pas, les mariés, ?, Adeline Henry (seconde épouse d’Edmond Roussel), peut être Alexis Basse, le mari d’Alice, Edmond Roussel et ? . Derrière : Louise, la soeur d’Alice et derrière son mari Théo Petit, ?, sans doute Octavie Develle la soeur de Camille. Encore derrière, je ne sais pas. Pour les deux petits garçons, je pense que celui de gauche est André Basse, le deuxième fils d’Alice.

Voici l’acte de mariage :

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(Transcription : « L’an 1898, le 3 août à 10 heures et demie du matin, par devant nous (etc …) commune de Nolay (…) se sont présentés publiquement en la mairie le sieur Roussel Auguste Léon, âgé de 31 ans, célibataire, lieutenant au 25 ème régiment d’artillerie, domicilié à Stenay, Meuse, né à Verdun sur Meuse le 22 novembre 1866, (…) fils majeur et légitime de Roussel Claude Edmond, sous ingénieur des Ponts et chaussées, domicilié à Verdun sur Meuse ici présent et consentant et de défunte Marie Henriette Gélasie, décédée à Verdun sur Meuse le 10 août 1873, ainsi que nous l’avons constaté sur l’extrait de son acte de décès produit, procédant par autorisation de Monsieur le Ministre de la Guerre recevant permission en date du 26 juin 1898, d’une part et Demoiselle Develle Anne Marie Camille, âgée de 31 ans, célibataire, sans profession, domiciliée à Nolay, née à Cormot le 16 juin 1867 ainsi que nous l’avons constaté sur l’extrait de son acte de naissance produit, fille majeure et légitime de Develle Pierre et de Prudhon Marie, tous deux propriétaires et domiciliés à Nolay ici présents et consentants d’autre part. (etc …) Le contrat a été passé par devant Maître Batault Xavier, notaire à Nolay à la date du 2 août courant, ainsi que le constate un certificat délivré par cet officier ministériel. (…) en présence des sieurs François Raoul Charles Marie, âgé de 44 ans, chef d’escadron, commandant l’artillerie de la quatrième division de cavalerie domicilié à Stenay, Meuse, Chevalier de la légion d’honneur, ami de l’époux; Basse pierre, âgé de 40 ans, conducteur des Ponts et Chaussées, domicilié à Verdun sur Meuse, beau-frère de l’époux; David Emile, âgé de 60 ans, ancien avoué, domicilié à Beaune, officier d’académie, ami de l’épouse; Batault Xavier, âgé de 49 ans, notaire, domicilié à Nolay, ami de l’épouse lesquels ont signé avec nous, ainsi que les époux, le père de l’époux, les père et mère de l’épouse après lecture faite. »)

Léon à l’époque de son mariage est donc lieutenant à Stenay, au 25ème régiment.

Un autoportrait où l’on peut voir son appareil photo !

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Les deux jeunes époux :

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Ils ont deux enfants : Suzanne, ma grand-mère, en 1899 et Cécile en 1901.

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Il est capitaine à Lyon en 1900, puis à Clermont Ferrand en 1903. En 1910, il est au 48 régiment.

En 1913, on le nomme chef d’escadron du 47 ème régiment.

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Voici un récapitulatif de sa carrière qui a été fait en 1925, lorsqu’il est devenu Commandeur de la légion d’honneur :

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En 1910, il fait une conférence sur le manuel de tir allemand. En voici le début et la fin !

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Pendant la guerre, il était commandant, puis lieutenant colonel depuis 1917 et enfin colonel en septembre 1918.

Voici quelques documents militaires.

Des plans et des cartes :

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Des informations dur les combats :

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Des rapports ou notes de Léon sur l’évolution de la situation :

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(Transcription :« Etat-major de la 6ème armée. Situation le 23 octobre au soir. A l’aile gauche, la bataille continue dans les mêmes conditions qu’hier. Si l’ennemi a progressé sur quelques points, notamment autour de la Bassée et au Nord de (?) nous avons par contre avancé sur d’autres et très sensiblement dans la région entre Armentières et Lille, dans celle de Longemark (est du front …) et à l’est de … . Il s’agit donc dans l’espèce des fluctuations inévitables de la ligne de combat qui se maintient dans son ensemble .Les pertes sont sérieuses de part et d’autres, mais sensibles surtout du côté allemand. Les forces alliées opérant entre le canal de la Bassée et … ont fait hier un millier de prisonniers au total. Sur le reste du front, les Allemands ont tenté plusieurs attaques de jour et de nuit, elles ont toutes été repoussées. Sur plusieurs points, nous avons au contraire progressé légèrement et notre artillerie lourde a éteint le feu de plusieurs batteries. En …, nos progrès ont continué dans la direction du bois de … et dans le bois de  la P…. A ce sujet, il y a lieu de signaler à nouveau qu’on ne doit pas ajouter foi aux bulletins officiels de l’Etat major allemand. Le bulletin de presse publié hier par ce dernier prétendait que nos attaques sur les hauteurs au sud de Thiancourt avaient été repoussés avec des pertes pour nous très considérables. En réalité, notre offensive dans cette région n’avait pu se maintenir sur tous les points atteints au cours de son mouvement en avant, mais elle n’en avait pas moins dans l’ensemble  conservé la majeure partie du terrain qu’elle venait de conquérir. Ce matin, un parlementaire allemand envoyé au Commandant de l’armée opérant dans cette région a demandé de la part des autorités allemandes un armistice pour enterrer leurs morts et enlever leurs blessés. Le commandant de l’Armée a renvoyé le parlementaire et fait reprendre immédiatement l’attaque. Notre nouvelle progression nous a permis d’obtenir le résultat que les allemands recherchaient dans son armistice et a démontré en même temps l’inanité des succès que s’attribuent nos adversaires. »)

La guerre quoi …

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(Je suis en train de mettre en ligne toutes les photos de Léon de la guerre 14 18 dans cet article : l’album photos de la guerre 14-18 de Léon)

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En 1914, son ami le lieutenant colonel Tomasini meurt au combat. J’en avais déjà parlé car sa fille Suzanne était très amie avec les filles de l’officier, et en avait par conséquent été affectée. Léon s’est donc renseigné pour savoir si on savait où était son corps.

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Une lettre à sa fille Cécile de 1916 :

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Transcription : « Le 13.2.1916. Ma chère petite Cécile. Ta bonne grande lettre vient de m’arriver en même temps que la lettre suivante de ta maman; sa carte m’était arrivée hier. Je la reçois dans mon petit village plein de boue au nord de Bar, car nous sommes partis hier matin par la neige et la pluie, nous avons traversé Bar dans sa plus grande longueur et nous sommes arrivés ici vers une heure de l’après midi. Nous y sommes très serrés et pas bien du tout. Je suis chez le Maire qui ne me parait pas complaisant et je le laisse tranquille. Les habitants qui ont vu la troupe continuellement exploitent les soldats atrocement. Un village voisin est complètement détruit par les Boches qui l’ont incendié entièrement à l’aide de pompes à pétrole. »

Léon et ses deux filles : Suzanne, à gauche et Cécile, à droite.

Nice 1918

Une citation pour le régiment en 1917 :

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« Régiment de premier ordre, toujours sur la brèche. A montré en toutes circonstances ses belles qualités d’audace et d’énergie, conservant malgré des fatigues extrêmes et des pertes sévères, toute sa valeur technique, tout son allant, toute sa souplesse. Hautement pénétré du soucis d’appuyer toujours et au plus près son infanterie, lui a permis de barrer la route à l’ennemi, à Verdun, en février 1916, de le refouler sur la Somme en septembre, au delà de Bouchavesnes. Enfin en Champagne, le 16 avril 1917, sous le commandement du lieutenant colonel Roussel, a ouvert le chemin à la division par des feux puissants et précis, dans une progression de 3 km, jusqu’à Bermericourt (décision du général commandant en chef.) »

En 1917, Pétain lui remet la croix d’officier de la légion d’honneur.

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Une lettre je crois de son beau frère Basse (mari de sa soeur Alice), pour le féliciter :

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(Transcription : « Bar le Duc le 14 juillet 1917. Mon cher Léon, J’ai appris avec grand plaisir par les journaux de ce matin ta promotion d’officier de la légion d’honneur et je m’empresse de venir t’adresser toutes mes félicitations. C’est une satisfaction qui est toujours agréable à enregistrer. Rien de nouveau depuis que nous nous sommes vus. J’ai toujours de plus en plus d’occupations, les arrivages s’accroissent de plus en plus et je ne parviens pas à mettre tout en ordre faute d’ouvriers. Nous avons toujours des alertes, mais il ne passe que des avions isolés. On s’acharne à tirer dessus mais sans résultat bien entendu. On a déjà dépensé des milliers d’obus en pure perte. Je trouve que c’est bien sot de s’obstiner à envoyer des projectiles sur un avion qui passe à très grande hauteur et se trouve hors d’atteinte aussi celui)ci s’en soucie fort peu, il vient, revient, vire tout à loisir sans aucun danger. Les Russes ont l’air de vouloir se remettre en route. Cela durera-t-il ? Ce serait bien à souhaiter. On accumule toujours du matériel et des hommes sur Verdun (?) a l’air de faire une grande préparation. Je t’embrasse de tout coeur. »)

Il obtient après la guerre en 1925 le titre de commandeur de la légion d’honneur :

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Il obtient aussi le 1er octobre 1920 la croix de St Stanislas de Russie et en 1932 la médaille interalliée de la victoire :

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Après la guerre, il appartient au 184 ème régiment de Valence. Voici quelques photos du livret du régiment :

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Léon au milieu des officiers.DSC02599

… et des sous officiers.

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Il est à la retraite vers 1928 (vers 60 ans). Il s’installe alors à Dijon où il fait construire une maison.

Le voilà très fier au volant de sa voiture !

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Il profite alors de ses petits enfants et devient un grand-père gâteau !

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Voici un extrait du film, toujours tourné par mon grand père René, le gendre donc de Léon :

On le voit avec sa fille en 1925, puis au mariage de sa fille Suzanne, avec son premier petit fils André, en promenade familiale. Il y a une longue scène où on le voit avec ses trois petits enfants, vers 1937 je pense, en train de jouer à la guerre entre les meules de foin (on n’est pas militaire pour rien …), puis lors d’un voyage en Yougoslavie et enfin en train de ramasser du raisin vers 1947.

Quelques photos de ces années d’après guerre :

vers 1936

avec les parents quatre grands parents et tante Cécile

Avec ses trois petits enfants André, Jacqueline et Monique.photo 14 - copie Nolay 1939 avec Mme Barret

communion Jacqueline vers 1942JPG communion de Monique 1940

Il aime jouer à des jeux de société, notamment au bridge, il aime les livres et bricoler.

Le voilà vieillissant avec sa petite soeur Louise (Tantine) :

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Ou avec son arrière petite fille Catherine :

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Au côté d’une de ses nièces (Thérès Petit ?) et de sa soeur Louise :DSC02993

Et avec sa fille Suzanne :

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Il décède le 21 janvier 1957 à 90 ans.

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Il est enterré à Nolay.

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Victor Belin (Sosa 12)

Je continue avec mes arrière grands pères,Victor est le troisième, c’est le père de mon grand-père maternel.IMG_20150910_0001 - copie 2

Amable Victor Belin est né le 20 janvier 1859 à Charbonnières-les Vieilles en Auvergne, dans le Puy de Dôme, dans le hameau de Lailes (ou Laisles). Il est le fils d’Antoine Belin, propriétaire terrien, 23 ans et de Mathilde Andrieux, 26 ans.

Voici son acte de naissance malheureusement de piètre qualité !Capture d’écran 2015-09-10 à 11.57.42

Il a eu un grand frère Antoine Jean né en 1857 mais qui est décédé en 1859 à 21 mois alors que le petit Victor a juste un mois. D’ailleurs, sur l’acte de décès du petit Antoine Jean, il y a une rature : l’officier d’Etat Civil avait  écrit le nom d’Amable Victor comme enfant décédé, tellement il était courant que les enfants décèdent peu après la naissance …

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Puis Victor a une petite soeur Antoinette née en 1861 et un petit frère Antonin né en  1863 qui tous deux se marieront et auront des enfants. C’est amusant de voir que tous les enfants sauf Victor portent le prénom ou dérivé de leur père Antoine : le petite Antoine Jean, Antoinette et Antonin !

Puis je cite le fameux cahier de mon grand père René dont je vous ai parlé la dernière fois :

« Saint Myon était le centre de la famille du côté Belin; y habitaient le grand-père de Victor [un autre Antoine Belin] et sa mère [Antoinette Mignot, l’arrière grand mère de Victor donc]. La maison était grande, avec de vastes pièces de chaque côté d’un corridor central. La façade principale sur laquelle se trouvait une statuette ou alors un dessin donnait sur une cour qui s’ouvrait sur la rue par une grande porte. Derrière, un jardin. Victor y passa une partie de sa petite jeunesse. Son père avait émigré à Laisle au moment de son mariage pour surveiller les biens de sa femme. (…) Alors que les propriétés de Laisles étaient assez concentrées, jusqu’à un certain point veux-je dire, celles de St Myon s’étendaient sur Artonne et des communes voisines et, comme il était alors de coutume dans la Limage riche, étaient plus ou moins morcelées : je ne sais plus le nombre de parcelles sur St Myon, était ahurissant ! ». 

Le petit Victor a donc beaucoup habité avec ses grands parents, comme René le dit plus loin : « Il vivait alors chez ses grands parents à St Myon ». 

C’est à cette époque, lorsque Victor a environ huit ans, qu’il assiste au déraillement de train que j’avais évoqué dans mon précédent article. Je laisse René rapporter ce que son père Victor lui a raconté :

« Trois ans avant la guerre de 1870, soit vers 1867, Victor avait été témoin d’un événement qui bouleversa l’opinion en Auvergne et dont j’ai encore toujours entendu parler autour de mes dix ans. La catastrophe ferroviaire de Pont-Mort. Cette catastrophe, une de premières de l’époque des chemins de fer, et due, sans doute, à un écartement des rails, avait fait plus de 300 morts presque tous originaires de l’Auvergne, et plus spécialement des régions de clermont, Riom et Issoire. Ambert compta quelques victimes. Voici le récit de Victor, témoin involontaire mais au point :

Il vivait alors chez ses grands parents à St Myon. Ce jour-là, il y avait une foire ou fête à Maringue et le grand-père décida de prendre avec lui son petit fils. Victor s’en réjouissait beaucoup parce que ces réunions à Maringue étaient très réputées et pleines d’intérêt. De St Myon à Maringue, il faut compter de 25 à 30 km. Ils partirent donc en voiture (à cheval !) et traversèrent la voie ferrée Paris-Clermont, la seule qui existait à cette époque, non loin d’un petit bourg, nommé la Moutade. Ce bourg est pour nous intéressant car c’est là que les Belin, vraisemblablement émigrés de Franche Comté, ont du s’installer autour du XVIème siècle et, faisant souche, envoyer leurs rameaux dans diverses directions auvergnates. C’est ce que le Directeur du plus grand Journal d’Auvergne et qui portait notre nom avait exposé à Victor. Pendant la Révolution et l’Empire, une branche avait encore fait souche à la Moutade. Il y avait dit-on autour de 12 ou 14 enfants dont 7 ou 8 firent toutes les campagnes militaires pour se retrouver ensemble dans celle de 1815. Cette branche a, parait-il, complètement disparu.

Quelques centaines de mètres plus loin, l’heure du passage du train approchant, – et pour un habitant de Saint Myon lorsqu’il est encore un enfant, voir passer l’express est un événement- le grand-père arrêta un instant son attelage comme le train approchait, Victor le vit brusquement s’arrêter et les wagons comme monter en l’air pour s’écraser les uns sur les autres. On se précipita. Lui était resté dans la voiture. Son grand-père revint. Victor se souvenait encore de son visage tiré, et il lui dit : « Petit, on part, ce ne sont pas des choses à voir pour toi. « 

En cherchent un peu, j’ai trouvé sur le site de la bibliothèque municipal de Lyon un article du Petit Journal Lyonnais datant du 8 juillet 1871 et qui semble bien correspondre à notre accident !

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Bon, la date n’est pas la bonne à quatre ans près (Victor a donc 12 ans) , mais c’est bien au même endroit ! La violence de l’accident est bien réelle, six wagons complètement broyés, … Mais le bilan n’est pas le même : 5 morts au lieu de 300. Le journaliste indique en effet : « C’est la difficulté de dégager ces wagons et de se rendre un compte exact des malheurs qu’on avait à déplorer qui a donné lieu aux rumeurs exagérées et invraisemblables qui, à  Riom comme à Clermont, causaient une impression si pénible. » Il nomme alors les victimes et les blessés, pour mettre fin aux rumeurs !!!

Victor et son grand père ont donc été témoins d’un accident extrêmement impressionnant et qui a fait beaucoup parler, mais pas aussi meurtrier qu’il a été dit ! (à moins que la presse n’ait caché la vérité pour ne pas faire mauvaise presse aux trains qui étaient encore une nouveauté !Mais quand même … 300 morts, ils n’auraient pas pu cacher ça comme ça ! )

Puis, j’ai trouvé plusieurs documents nous montrant que le jeune Victor à la même époque était pensionnaire à l’institution libre de St Gervais située à Lachaux, à 45 km à l’est de Saint Myon (et à 58 km de Lailes où habitent ses parents »), dans un « pensionnat-curé » comme dit René dans son cahier.

Ces documents datent de 1868 à 1870, Victor a donc été dans cet établissement au moins lorsqu’il avait entre 9 et 11 ans.

Il a écrit plusieurs lettres à ses parents. En voici deux. On y lit notamment : « Je veux commencer dès l’instant répondre à vos soins, votre fils sachant que le succès seul et non les promesses peut vous satisfaire, ce sera un bon moyen d’adoucir le chagrin que mon départ a causé à ma maman qui sera bien consolée et bien contente de voir à la place de son fils enfant revenir un grand garçon ! »

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Il y écrit aussi : « Je suis très content d’avoir commencé le latin, je crois que je serai d’abord familiarisé avec lui. Nous sommes cinq dans ma classe. » J’ai d’abord pensé qu’il était dans une toute petite classe de 5 élèves, mais ça signifie peut-être qu’ils sont 5 dans la classe à faire du latin ?

On y voit aussi que sa famille (parents, frère et soeur) viennent lui rendre visite régulièrement . Il donne alors son linge à laver. A quelle fréquence rentrait-il chez lui ? Je ne sais pas.

Il semble bon élève puisqu’il obtient un « témoignage de satisfaction » pour avoir très bien récité sa leçon !

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Sur le cahier de mon grand père René, on peut lire  les souvenirs de Victor de la guerre de 1870 (il a 11 ans) :

« Les souvenirs de Victor touchant la guerre de 1870 étaient assez rares. C’était surtout ceux de vacances parce que pendant qu’il était en pension avec d’autres enfants chez le curé de Châteauneuf près de Mandat, il avait eu des gelures très graves aux pieds et que ses parents avaient décidé de le garder à la maison. 

Trois souvenirs marquent Victor pour cette période. D’abord l’arrivée des vacances. Son père avait été le prendre à son pensionnat-curé. Une course de 20 à 30 km. Au retour, ils s’arrêtèrent à mi-chemin, et mon grand-père [Antoine Belin, le père de Victor] lut ou acheta un journal. Et après, il s’en vint vers Victor et lui dit : « Un grand malheur ». Etait-ce l’annonce de la bataille de Spicheren, des défaites de Wissembourg ou de Froeschwiller, Victor ne s’en souvenait pas. Mais c’était à coup sûr l’un des trois. »

Bon, j’ai un peu cherché sur Wikipedia pour m’y retrouver :

  • bataille de Wissembourg : 4 août 1870, première bataille de la guerre.
  • bataille de Forbach-Spicheren : 6 août 1870, à la frontière près de Sarrebruck. L’invasion allemande découle directement de cette bataille.
  • bataille de Froeschwiller (ou Reichshoffen): 6 août 1870. Les prussiens sont en gros avantage numérique (3 pour 1), il y eut de nombreuses victimes, dont un grand nombre d’officiers.

« A quelques temps de là, ils descendirent en Limage et en traversant la voie ferrée, ils virent un train arrêté dans une partie de la voie ferrée en tranchée. Des soldats, descendus de wagons, faisaient les cent pas et certains semblaient énervés. Beaucoup portaient des uniformes bizarres. On disait « les turcos » en parlant d’eux. Ce devaient être des troupes qui remontaient d’Afrique et qui furent probablement engagés à Sedan. « 

Alors, la Limage : c’est une grande plaine du Puy de dôme autour de la rivière de l’Allier et de la Dôle.

les Turcos, ce sont des tirailleurs algériens ou tunisiens appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’Armée de terre française.

Voici un dessin représentant un « turco » que j’ai trouvé sur le site Antan.

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Quant à la bataille de Sedan, le 1er septembre 1870, ce fut une victoire décisive de l’armée prussienne entraînant la capitulation de l’empereur Napoléon III et la chute du Second Empire.

« Pendant l’hiver, le grand événement pour Victor fut l’annonce du départ de Gambetta de Paris en ballon. Pendant plusieurs jours, Victor monta à la côte du Gour (de Taxent) en compagnie de son petit frère. Antonin allait alors sur ses 6 ans. Et l’un et l’autre, armés de fusils de bois, attendaient, guettaient l’arrivée du ballon. Pour eux, il ne pouvait atterrir à une autre place qu’à Laisle ! »

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(caricature trouvée sur le site contreculture)

Nous sommes le 7 octobre 1870. Après la chute de l’empire, un gouvernement provisoire se met en place et Gambetta s’arroge le ministère de l’intérieur. Paris est alors aux mains des Prussiens. Il essaie de se rendre à Tours pour organiser la Résistance et pour ce faire utilise le ballon, unique moyen pour échapper au blocus. Mais le vent l’entraîne vers les troupes prussiennes qui tirent sur le ballon. Gambetta, pensant mourir, crie « vive la République ! » mais il est sauvé par des paysans ! Ilprend alors le train pour arriver jusqu’à Tours !

Nos deux petits Victor et Antonin pouvaient donc attendre avec leurs fusils de bois, Gambetta n’avait pas l’intention de se rendre en Auvergne !!!

Un autre souvenir de Victor à peu près à la même époque : une rencontre inquiétante …

« Victor, quand il avait 12 ou 13 ans, rentrant de classe un soir d’hiver, était suivi, toujours à la même distance, par deux silhouettes canines dont les yeux brillaient dans la pénombre,s’arrêtant quand il s’arrêtait, réparant quand il repartait. Mais se rapprochant insensiblement. A l’allure, il reconnut des loups. Il prit un bâton et de temps à autre se retournait tout en marchant, en faisant des moulinets, qui incitaient les deux bêtes à ne pas trop s’approcher. »

Puis il va au collège Ste Marie de Riom. Sur un courrier, on y apprend qu’il y est allé trois ans avant son frère Antonin. Hors, ils ont 6 ans d’écart. Pourquoi n’y est-il pas allé avant ? En allant sur le site de ce collège qui existe toujours, j’ai trouvé un historique très intéressant. On y apprend que le collège a été fermé quelques temps au moment de la guerre de 70 pour recevoir les blessés de l’Armée de la Loire. Mais bon, ça n’a duré que quelques mois. Victor,lui,  y est entré en 1873,  à 14 ans. A partir de cette époque, on enseigne aux élèves l’école du soldat et le maniement de fusils (en bois je crois).

Quelques années après, il est bachelier en sciences et en lettres.

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Il continue ses études et devient docteur en droit.

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Il devient alors receveur de l’enregistrement et des domaines. Comme je ne savais pas bien ce que c’était, je vous ai trouvé ça :

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Bon, j’ai pas tout compris mais c’est un emploi administratif !

A cette époque, il habite Bellegarde dans le Loiret (si vous n’êtes pas meilleurs que moi en géographie, le Loiret, c’est au sud de la région parisienne). Une trotte pour notre auvergnat ! C’est certainement son travail qui l’a amené là-bas.

Le 28 mai 1888, il se marie à Ambert (toujours le puy de Dôme)l’âge de 29 ans avec Marie-Louise Jarleton qui, elle, a 22 ans.

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J’ai également l’acte notarié qui nous montre que ce sont deux familles riches qui s’allient !

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Je ne vous le mets pas intégralement mais on y apprend ce que chaque futur époux apporte en dot : Marie-Louise apporte en dot son trousseau d’une valeur de 5000 francs et une somme de 50 000 francs qui lui viennent soit de ses parents, soit de son grand-père maternel Jacques Gamonet. Le futur époux, lui, apporte en dot des terrains : terres ou vignes à la Moutade, à St Myon, d’une valeur d’au moins 40 000 francs.

Cet acte se fait en présence : « du côté du futur époux, Monsieur Antoine Belin, propriétaire à Charbonnières les Vieilles, frère du futur époux; Madame Antoinette Belin et Monsieur Léopold Blanche, son mari, propriétaires demeurant ensemble à Artonne, soeur et beau-frère du futur époux ; Monsieur Maymat, Juge de paix du canton de Lavoutte Chilhac, demeurant à LAvoutte-Chilhac, ami du futur époux et Monsieur Etienne Clémentel, surnuméraire de l’Enregistrement et des domaines, demeurant à Riom, aussi ami du futur époux (rajouté au crayon à papier : ministre des finances). Du côté de la future épouse : Madame Geneviève Louise Faidides, veuve de Monsieur Régis Jarleton, sans profession, demeurant en la ville d’ambre, grand mère paternelle de la demoiselle future épouse ; Madame Marie-Victoire Jarleton et Monsieur Auguste Grimaud, son mari, conducteur des Ponts et Chaussées, demeurant ensemble à Vichy, oncle et tante de la demoiselle future épouse; Madame Pauline Grimaud et Monsieur Louis Chabrier, son mari, licencié en droit, receveur de l’enregistrement et des domaines, demeurant à Bois- Commun (Loiret), cousins germains de la demoiselle future épouse, Monsieur Benjamin Artaud, propriétaire, demeurant en la ville d’Ambert, grand oncle de la demoiselle future épouse ; Monsieur Philippe Déchet, maire de la commune d’ambre, membre du Conseil Général du Canton d’Ambre, demeurant aussi en la ville d’ambre, cousin de la demoiselle future épouse ; Monsieur Jacques-Marie Pélisson, expert géomètre, conseiller municipal de la commune d’Ambert, demeurant aussi en la ville d’ambre, cousin de la demoiselle future épouse ; Monsieur Robert Douvreleur, notaire à Lezoux et Madame Douvreleur amis de la demoiselle future épouse (…) » .

On voit donc que la famille Belin est une famille de propriétaires terriens ayant de vastes domaines et que la famille Jarleton est une famille riche de notables de la ville d’Ambert. Le cousin Philippe Féchet dont on parle, maire d’Ambert et cousin de la jeune épouse, avait légué à sa mort toute sa bibliothèque à mon grand père René qui, étant donné son amour des livres, en avait été très heureux !

On y voit aussi que c’est sûrement par Louis Chabrier, le mari de la cousine germaine de Marie-Louise, que les deux jeunes gens se sont rencontrés puisque Louis est un collègue de Victor qui demeure à Bellegarde, là où Victor était parti travailler, dans le Loiret.

Voici une photo du cousin Louis Chabrier :

Louis Chabrier

Et j’ai une liste de cousins à raccrocher à l’arbre !

Les jeunes mariés habitent d’abord plusieurs années (combien de temps ?) à Jargeau, dans le Loiret.

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Cinq ans après le mariage, leur fils unique René naît à Ambert, dans la maison de ses grands parents Jarleton, le 8 juillet 1893.

Mais il habitent encore à Jargeau quelques temps.

Puis, certainement quand le métier de Victor le permet, ils s’installent dans la ville de Marie-Louise, à Ambert. Ils habitent 15 boulevard Sully.

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Voici une carte de cette rue adressée au petit René par une « Marie-Anne Jarleton » à resituer.

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Victor aimait chasser, voici son permis de chasse de 1910. Il a 51 ans. On peut y lire sa description : il mesure 1m75, est grisonnant et puis … tout le reste est moyen ou ordinaire  !

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Plus tard, certainement après la mort de son père Antoine en 1912 et parallèlement à son travail, Victor gère les domaines familiaux.

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Voici par exemple le « bail à ferme » d’un domaine  à la Cartade sur la commune de Marat datant de 1919 entre Victor et un dénommé Claudius Lafarge.

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Voici deux lettres datées de 1919 et 1928 d’un nommé Joseph Béal, fermier travaillant pour lui à la Cartade :

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« Marat, le 24 octobre 19. Cher Patron, je repont a votre letre. Je ne peut pas vous anvoyé votre beure de sitte semaine car j’ais deux vaux en se moment mis ses jour si il an par un je le ferais tous de suite que je pourai si vous pouvé atandre vous nous ferais plaisir bien le bonjour à touse. Béal. « 

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« Marat, le 13 novembre 1928. Bien cher Patron. Je vous écris ses deut mot pour vous dire que je sui rendu a la Cartade de votre domaine alors cher Patron, J’ai vu le Notaire ses jour si et j’ai retiré mai papier et puis M. Baas (?) ma dit que je navai au cune récolte de porté sur le bail et que nous avont un reçu a vous donné pour nous entenir de nos afaire alors voila se que j’ai reçu de la farge 14 mile (?) de fion [foin ! ] et 120 quintot de paile et 100 double décalitre de seigle voila le tous … »

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« Vot fermier, Béal Joseph a la cartade dans bat »

Mais certainement cette gestion n’était pas simple, les bâtiments se dégradent.

Voici un courrier de 1932 d’un expert montrant que Victor chercher à vendre la Cartade, qui est en mauvais état et d’un « aspect lamentable ».   DSC02679

Et voici plusieurs affiches, l’une est datée de 1932, les autres je ne sais pas, mais sûrement vers la même époque, où l’on voit que Victor cherche à affermer ou à vendre ses terrains, à la Cartade ou à Laisles ;

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Voici une de nouveau un film tourné par mon grand père René où l’on voit Victor et sa femme Marie-Louise, puis au mariage de René, puis avec leurs petits enfants André, Monique et Jacqueline. On voit aussi très bien le domaine de la Cartade et Victor entouré de ses fermiers en 1927  (ce passage est à 1min 40 pour la Cartade et 2min24 pour les fermiers et leur famille). A 3 min 15, on voit le boulevard Sully où est située leur maison à Ambert.

On le voit ici en haut à gauche, vers 1935 je pense, avec ses petits enfants qui posent avec leurs quatre grands parents.

avec les quatre grands parents

En 1935, voici une lettre que Victor écrit à son fils René.

IMG_20150910_0004IMG_20150910_0005Il parle des rhumes des enfants (la petite « Kiki », c’est Jacqueline, ma mère, qui a alors 3 ans !), de la santé de Marie-Louise. Il parle politique et élections. Il parle aussi de l’affaire du Comte qui doit ennuyer René, certainement à son travail (il est magistrat), une affaire de sentier ! « Mais le bonhomme est timbré, et sérieusement piqué ! J’espère bien que vous lui donnerez ce qu’il mérite ! S’il n’avais pas content, il n’avait qu’à faire appel. (…) Nous revoyons très bien l’endroit et le sentier qui monte au château ! ».

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Et puis il s’inquiète de la politique internationale …

« Que dire de la politique intérieure et extérieure. (…) A l’extérieur, que penses-tu? Pour moi, c’est évident. La guerre ! Mais quand?- Lorsque le Reich aura terminé ses armements.- Mais pas pour cette année.- Mais d’ici là, il peut survenir des événements imprévus. Et dire qu’on avait désarmé l’Allemagne, que Wilson a crée la Société des Nations ! Et voilà le Reich aussi fort qu’auparavant. »

Au niveau politique, il est radical (c’est à dire plutôt centriste je crois) et ma famille me l’a décrit comme quelqu’un de « très ouvert ».

Il décède à Ambert le 15 novembre 1937 d’un cancer, à l’âge de 78 ans.

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Il est enterré au cimetière d’Ambert.