Pierre Pigache (Sosa C8)

Je me consacre à présent aux arrière grands pères de Christophe, mon mari.

Je commence avec le père de son grand-père paternel, Pierre Pigache. Je ne suis pas encore très riche en renseignements mais je préfère quand même faire la fiche tout de suite, quitte à la compléter plus tard.

Pierre Charles Aimé Pigache est né le 3 février 1893 à Millam, dans le Nord, près de Dunkerque. Il est le fils de Charles Pigache et de Théodosie Tétart. C’est le petit dernier d’une fratrie de cinq enfants : A sa naissance, son grand frère Joseph a 11 ans , Raphaël 9 ans, sa soeur Marie 6 ans et son frère Edmond 2 ans et demi. Ses parents, eux, sont âgés de 37 et 39 ans et son père est instituteur.Capture d’écran 2015-10-01 à 11.06.42

Transcription : « L’an 1893 le 3 février à 8 heures du matin (…) commune de Millam, canton de Bourbourg, arrondissement de Dunkerque, département du Nord, a comparu Pigache Charles Joseph âgé de 37 ans, instituteur, né à Watten, domicilié à Millam, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin né aujourd’hui à 1 heure du matin, de lui déclarant en sa demeure sise à la place de cette commune et de Tetart Théodosie Aurélie, âgée de 39 ans, son épouse, demeurant avec lui audit Millam auquel enfant il a été donné les prénoms de Pierre Charles-Aimé. Les dites déclaration et présentation ont été faites en présence de Héban Charles, cultivateur, âgé de 45 ans et de Van Haecke Emile, cultivateur, âgé de 30 ans, tous deux domiciliés à Millam. « 

Pendant la première guerre mondiale, Pierre appartient au 73ème régiment d’infanterie.

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J’ai trouvé sur internet (vive google, tout simplement !) un document très intéressant qui relate tous les faits du régiment pendant la guerre de 14-18 : journal des marches et opérations du 73ème régiment d’infanterie.  On y voit le nom de Pierre Pigache à plusieurs reprises :

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On voit qu’il a été blessé pendant la bataille de Verdun le 28 février 1916. Il est alors caporal.

Voici le récit de cette journée :

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Nous sommes allés voir le grand-père de Christophe, mon mari, : Joseph Pigache, le fils de Pierre. Il nous a raconté que le jour de cette fameuse blessure dont je viens de vous parler, il portait dans sa poche, contre son coeur, son livre de prières que voici : P1040741P1040743

Un éclat d’obus a touché Pierre à la poitrine et a été arrêté par ce livre de prières. P1040737

On voit clairement la trace de l’impact …P1040755

Voici l’arrière du livre : l’éclat n’a pas pu traverser le livre, il a déformé la couverture !P1040734

On voit ici Joseph, le fils de Pierre, montrer ce livre à son arrière petite fille Lison, livre sans lequel ils n’existeraient ni l’un ni l’autre ! Transmission de l’histoire familiale !

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Pierre n’a donc été finalement que légèrement blessé. Il aura deux autres blessures légères au cours de la guerre, dont une au deltoïde.

Le 14 juin 1916, 43 croix de guerre sont remises aux soldats. Pierre faisait sûrement parti du lot car il est noté sur son livret de famille qu’il a eu la croix de guerre.

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A un moment donné, il appartint aux corps francs, ou plutôt je pense aux « nettoyeurs de tranchées » c’est-à-dire qu’il allait après un assaut dans les tranchées ennemis pour « nettoyer » chaque parcelle de toute présence ennemie. … c’est la guerre …

On parle aussi de lui le 28 avril 1918 :

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Il y est indiqué qu’il est alors aspirant, ce qui est un grade intermédiaire avant d’être officier.

Il se marie un mois après ! D’ailleurs on peut lire que pendant le mariage le 21 mai, ils sont en repos et en instruction.

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Pierre se marie donc dans le Vème arrondissement de Paris le 21 mai 1918 avec Elisabeth Bèle. Elisabeth est originaire du Nord mais pour qu’ils puissent se marier, elle sera domiciliée à Paris, la ville dont elle est originaire étant en zone de front.

Pierre a raconté à son fils Joseph plusieurs anecdotes sur son mariage : l’enfant de choeur aurait fait tomber les alliances et l’on s’est mis à quatre pattes pour les chercher ! Pierre racontait aussi que leur nuit de noces a beaucoup été perturbée par la grosse Bertha qui les a obligés à plusieurs reprises à aller se réfugier dans les abris au sous-sol !

 

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La guerre est terminée mais Pierre est toujours avec son régiment. On voit qu’il quitte le régiment le 2 mars parce qu’il est malade. Mais il y retourne le 23 mars ! Il est alors sous-lieutenant.Capture d’écran 2015-10-01 à 22.02.40 Capture d’écran 2015-10-01 à 22.03.17

Puis ils se domicilient à Malo les Bains, qui est de nos jours un quartier de Dunkerque. D’ailleurs dans le journal du régiment, on voit qu’à un moment ils se sont arrêtés plusieurs jours dans cette ville pour se détendre. Est-ce que la ville a plu à Pierre et qu’il a voulu s’y installer ensuite ? Je ne sais pas !

Pierre trouve du travail aux aciéries et forges de Firminy.

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(J’ai trouvé les photos : ici )

Pierre et Elisabeth ont 6 enfants :

  • le petit Pierre (Pierre Charles Eli, à ne pas confondre avec son père Pierre Charles Aimé !) , né le 2 août 1920. Son père a alors 27 ans.
  • Puis Joseph, le grand-père de Christophe, le 6 juin 1922
  • Jean, le 14 avril 1924
  • Marie-Cécile, le 27 mars 1926
  • Geneviève, le 29 février 1928
  • Marie-Claude, le 16 avril 1930.

L’aîné et la benjamine ont donc 10 ans d’écart. Les voilà tous les six :

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Voici leur livret de famille :

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Le voici plus âgé avec sa femme Elisabeth, entourés de leurs petits enfants.

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Il est décédé le 28 juin 1984 à âge de 91 ans.

 

 

Généalogie de ma famille, pourquoi, comment ? [Geneatheme]

Aujourd’hui, je voulais vous parler un peu de ce qui m’a conduit à faire de la généalogie, comment peu à peu je m’y suis intéressée, les chemins qui y ont mené, les détours, les pauses, les recommencements … Parce qu’il n y a pas une origine à cet intérêt, il y en a mille ! (bon, peut-être un peu moins !)

Tout d’abord, indubitablement, il y a cette maison qui est dans la famille depuis environ 1850, achetée par mes arrière-arrière grands-parents et qui appartenait à ma grand-mère quand j’étais enfant. Nous y passions chaque année une bonne partie de mes vacances d’été avec mes cousins, et c’est une maison qui est restée figée dans le temps.

Dans la cuisine, subsiste dans un coin la vieille cuisinière à bois datant de Mathusalem…

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Partout sur les murs, de vieilles photos (ici mon arrière grand père Léon et ma grand mère Suzanne)…

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Les placards étaient des coffres aux trésors pour la petite fille que j’étais, recelant des livres d’enfants du début du siècle, des meubles de poupées tout aussi anciens, un jeu de culbuto que nous adorions, …

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Tout un bric à brac amusant et intrigant …

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Et puis dans les discussions avec ma grand-mère Suzanne, ma tante, ma maman, j’entendais très souvent des noms de personnes que je n’ai jamais connues « Tante Cécile », « Gros Maman », « Mamée », « Tante Tavie » …, des histoires de guerres, les médailles de « grand-père » dont sa fille Suzanne était fière, …

BONMAM

Toute une ambiance donc de passé, de temps anciens …

A l’adolescence, j’ai passé pas mal de temps dans la bibliothèque de mon grand-père  René, à dévorer des livres (il y avait une bonne partie de la littérature !). (Sur la photo, on n’en voit qu’un bout !)

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Et puis, lorsque j’avais une vingtaine d’années, j’ai perdu ma maman, ce qui, vous vous en doutez, a été très douloureux.

Je crois me souvenir que c’est peu de temps après que j’ai commencé à faire de la généalogie. J’avais peut-être vu un livre en librairie à ce sujet, ça je ne me souviens plus. Mais ce n’est sans doute pas anodin de m’être lancée à ce moment. Un moyen sans doute d’une part de « m’occuper la tête », et de l’autre de me sentir proche d’elle, de ce qu’elle avait vécu, de ceux qu’elle a aimés, …  même si elle n’était plus là.

Alors je crois que j’ai commencé à interroger notamment ma tante (ma grand-mère aussi était décédée quelques années auparavant) et à prendre des notes pour me repérer dans les ancêtres proches (ces oncles, tantes, arrière grands parents, cousins …).

Et puis j’ai commencé à fouiner d’un peu plus près dans cette maison de famille, ouvrir chaque tiroir, chaque placard …

Et là une foule de renseignements s’offraient à moi !

Tout d’abord un arbre généalogique que j’ai déjà évoqué dans mon article sur Léon qui me donnait déjà un bon point de départ pour la famille Roussel !DSCN6850

Et puis plein de lettres disséminées un peu partout que j’ai commencé à lire, de très vieux papiers donnant des informations précieuses …

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Et puis des albums avec des photos très anciennes ! Et en plus, la plupart du temps, mes grands parents avaient eu la bonne idée de marquer les noms ! Ce qui fait qu’à force de les regarder, ces visages me sont devenus familiers !

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J’ai commencé à faire des copies de certaines photos, de certains papiers ou courriers riches d’informations … C’est là qu’en discutant avec une de mes tantes j’ai appris l’existence du cahier de mon grand-père que j’ai photocopié. J’ai aussi emprunté les bobines des vieux films de mon grand père que j’ai apportées chez un spécialiste qui à l’époque me les a mis sur cassette VHS (j’ai numérisé le film depuis). J’avais donc un témoignage extraordinaire de la vie de notre famille de 1924 à 1952.

Je vous remets ici le mariage de mes grands-parents en 1925 si vous ne l’avez pas vu dans mes articles précédents :

J’ai fait le tour du cimetière qui se trouve juste à côté de la maison, et mise à part la tombe familiale que je connaissais bien, j’ai trouvé une autre tombe de la famille, pas très lisible, mais c’était bien ça !

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J’ai aussi fouillé dans le grenier, et en ai retiré des cadres, et notamment cette caricature représentant un arrière grand oncle !

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Une fois la maison bien explorée (mais bon, ce n’est pas fini, il faudrait que je numérise tous ces documents, et c’est loin d’être fait !), je suis allée aux archives municipales du village où par chance des archives très anciennes étaient conservées, et j’ai commencé à les éplucher, trouvant une mine de renseignements. Et oui, c’était il y a environ 20 ans, les archives en ligne n’existaient pas ! Et puis mon père s’est pris au jeu et nous avons visité les mairies alentours pour continuer notre arbre. J’ai commencé à faire un arbre en forme de roue. J’avais des notes de partout, des cahiers remplis, des fiches bristol pour chaque individu…

A la même époque, j’ai fait pendant quelques temps un petit journal familial (papier !) qui me permettait de donner des nouvelles de chacun, d’y insérer un ou eux articles plus généalogiques. Mon père y faisait un mots croisés sur le thème de la famille …

De retour chez nous, j’ai commencé avec mon père à faire des recherches de son côté, les archives départementales de Privas n’avaient plus de secrets pour nous. Ma tante, Lucile, la soeur de mon père, s’est également prise au jeu ! C’était très sympa. On aussi fait le tour des cimetières, essayé de retrouver où pouvaient être situées les fermes de nos ancêtres … On est allé faire aussi un tour en Auvergne, du côté de chez mon grand père René, pour voir d’un peu plus près les lieux où mes ancêtres avaient vécu.

Et puis la vie avance, j’avais moins le temps, je me suis mariée, les enfants sont nés, je faisais nettement moins de généalogie.

Ensuite j’ai acheté le logiciel Heredis, je m’y suis remise pour entrer mes données, l’ordi a planté, pertes des données, découragement … Quelques temps après, j’ai rentré à nouveau les données, mais de façon moins précise, j’étais un peu dégoûtée …

Puis, avec l’arrivée des données en ligne, de temps en temps, je faisais des recherches, trouvait des infos intéressantes, prenait contact avec des « cousins » qui me faisaient avancer, mais ce n’était pas toujours très structuré.

J’ai commencé à m’intéresser aussi un peu du côté de mon mari, récupérer quelques photos et docs à droite et à gauche.

De son côté, prenant exemple sur mon grand-père, mon père a lui aussi rempli un cahier de ses souvenirs directs ou indirects.

Et ce qui m’a fait replonger dedans de façon plus intensive va-t-on dire, c’est que d’une part j’ai plus de temps car j’ai arrêté de travailler pour m’occuper de mes cinq loulous, et d’autre part l’été dernier, toujours dans cette maison familiale, les enfants eux aussi se sont pris au jeu et ont fait les curieux ! Je raconte cette découverte dans un article sur mon autre blog : Faire son arbre généalogique.

C’est alors que j’ai pensé commencer un blog, une façon de sauvegarder ces documents et photos précieux et de les partager, une façon de raconter à mes enfants l’histoire de leur famille, une façon de la raconter aussi aux autres membres de la famille que ça pourrait intéresser, une façon, ça je l’ai découvert, de « rencontrer » d’autres généalogistes passionnés, une façon aussi de découvrir peut-être des cousins éloignés qui pourraient me donner des renseignements, des documents …? Alors du coup, je repars un peu du début, mes grands parents, mes arrière grands parents. J’avais réalisé un gros classeur où, classés par numéro de sosa, j’avais mis dans des pochettes plastiques, documents (originaux ou copies), photos … concernant chaque ancêtre. J’avais aussi des documents scannés qui traînaient sur l’ordi. J’en ai profité pour rechercher sur internet les actes qui pouvaient me manquer. Parallèlement, ma belle mère a ressorti de ses affaires des cartons avec des documents récupérés récemment chez sa tante décédée, avec plein de livres de famille, photos, lettres, … qui vont bien nous servir de son côté ! (Bon, ça se complique, car il y a pas mal d’ancêtres espagnols et là, je maitrise moyen …). Du boulot quoi !!!

Voilà, on peut dire qu’en plus de vous expliquer le pourquoi du comment, j’ai répondu aux généathèmes de septembre : pourquoi j’en suis venue à faire ce blog, comment je m’organise en ce moment, et puis les photos, je scanne, je scanne !

 

 

 

Léon Roussel [Sosa 14]

C’est certainement en découvrant ce grand arbre généalogique dans la maison familiale que le goût de la généalogie est venu me titiller ! Il était en piteux état, coincé derrière un meuble, pas facile à lire et donc intrigant ! Si j’en parle ici, c’est qu’il a été fait par mon quatrième arrière grand père : après Firmin l’ardéchois, Ernest l’ouvrier en chaux et ciment et Victor le propriétaire terrien auvergnat, voici Léon Roussel, le colonel lorrain, le père de ma grand-mère maternelle.

Le petit Auguste Léon Roussel est donc né en Lorraine, à Verdun, le 22 novembre 1866. Il est le fils d’Edmond Roussel et de Gélasie Henry. Il a une grande soeur Alice née en 1859 (de 7 ans son aînée), un grand frère Camille né en 1863 et une petite soeur Louise née en 1873. Il y eut aussi un petit frère Louis qu’il n’a pas connu, mort bébé, en 1861/1862.

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(Transcription : L’an 1866, le 23 novembre à midi, devant nous Charles Louis Benoit,  (etc…) a comparu en l’hôtel de ville Claude Edmond Roussel, âgé de 35 ans, conducteur des Ponts et Chaussées, demeurant à Verdun rue de la rivière, lequel nous a déclaré que Marie Henriette Gélatine Henry, sa femme âgée de 32 ans, sans profession, avec lui domiciliée, était accouchée dans son domicile, hier 22 novembre à 10 heures du soir, d’un enfant de sexe masculin qu’il nous a présenté et auquel il a dit vouloir donner les prénoms de Auguste Léon, les dites déclaration et présentation faites en présence de Jean-Joseph Lambert, âgé de 50 ans, professeur et de Auguste Adolphe Dupuis, âgé de 45 ans, serrurier, tous eux demeurant à Verdun, amis des père et mère de l’enfant (…) »)

La famille habite au centre de Verdun, rue de la rivière, qui est actuellement la rue Schleiter, près de la rivière de la Meuse.  Capture d’écran 2015-09-24 à 12.04.19images

Dans le fameux cahier de mon grand-père, son fils André, mon oncle, a lui aussi rajouté des notes de ce qu’on lui avait raconté, notamment son grand-père Léon.

« Grand-père [Léon, donc] me racontait qu’en 1870 (il avait alors 3 ans)n un Prussien (sans doute de l’armée qui poussait sur Sedan) cantonnait chez eux et, ayant un enfant du même âge sans doute, prenait le petit Léon sur ses genoux, à la cuisine, lui donnait des tartines de beurre ou des gâteaux en lui racontant … à la grande fureur des bonnes qui étaient contre la fraternisation !!! » »

Mais une terrible épreuve les attend : Gélasie, la maman de Léon, décède en 1873 de la tuberculose. Léon a 6 ans et la petite Louise n’a alors que 6 mois.

Edmond, le père de Léon, décide donc de se remarier en 1875 avec la soeur de son épouse décédée, Adeline Henry, elle-même veuve à peu près en même temps qu’Edmond.

Les enfants sont attachées à cette tante qui devient leur « Maman Dédé ».

Léon va au lycée impérial de Bar le Duc, situé à une cinquantaine de km au Sud de Verdun. Il est alors pensionnaire.

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D’autres souvenirs :

« Léon, pensionnaire au Lycée de Bar le Duc, où le concierge (une jambe de bois, emploi réservé sans doute), les réveillait encore le matin en jouant du tambour .A 4 heures il tenait boutique pour vendre chocolat et bonbons, ayant droit, comme chaque élève à 4 heures à un gros morceau de pain. La technique consistait à prendre le quignon. On avalait en vitesse la mie et on mettait le quignon sous le robinet : l’eau détrempait la croûte, qui pouvait être avalée en une seconde et on pouvait jouer plus longtemps ! « 

Voici un certificat d’aptitude qu’il a obtenu en 1880, alors qu’il est en classe de quatrième. Il a 13 ans.

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Il devient ensuite bachelier ès Sciences en 1883, à l’âge de 16 ans.

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Un autre souvenir de l’adolescence :

« Léon, adolescent, aimait bien remonter durant les vacances la Meuse, entre Verdun et Montmédy, avec son père qui, sous ingénieur des Ponts et Chaussées, devait inspecter régulièrement les ponts de son secteur, et pour ce faire se déplaçait dans un petit bateau : la « nacelle » « 

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Il poursuit ses études en devenant élève de Polytechnique, suivant les traces de son grand frère Camille.

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Quelques souvenirs encore, mais cette fois en tant que jeune officier :

« Jeune sous-lieutenant, après les manoeuvres au camp de Chalon … quand ils avaient trop arrosé la fin des manoeuvres, ils mettaient le plus ivre, celui qui ne tenait plus sur ses jambes, entre deux autres, en meilleur état et ils rentraient ainsi, bras dessus bras dessous par groupes de trois !

Quand il était sous-lieutenant à sa première affectation – Stenay je crois- car c’était alors une ville de garnison, la coutume voulait que, lorsqu’un des jeunes officiers changeait de garnison, il soit conduit jusqu’à la gare où il prenait son train, en landau découvert attelé de l’attelage d’un canon (puisqu’ils étaient artilleurs) soit 4 ou 6 chevaux avec 2 ou 3 cavaliers (un par paire de chevaux), la voiture entourée de tous les autres jeunes officiers, à cheval, sabre au clair, faisant une escorte d’honneur, le tout au triple galop, même dans les rues étroites de la ville. »

En 1891, il est lieutenant au 8ème régiment d’artillerie.puis change plusieurs fois de régiment.

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La même année, une autre épreuve l’attend : son frère Camille dont il est semble-t-il très proche décède en 1891 de la tuberculose, la même maladie qui a emporté leur mère 18 ans auparavant. Léon a 24 ans, Camille 28 ans.

Et puis son père cherche sans doute à le marier puisqu’on a une photo de sa première entrevue avec celle qui deviendra sa femme, Camille !

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De gauche à droite : Camille Develle, Edmond roussel (le père de Léon), Léon, Pierre Develle (le père de Camille) et sans doute Marie, sa mère.

Toujours est-il que le 3 aout 1898 à Nolay (en Côte d’Or, village de la jeune épouse), Léon Roussel à l’âge de 31 ans, épouse Camille Develle 31 ans également.

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On le voit tout fier (tout petit, mais tout fier !!!) au bras de sa jeune épouse, entourés de tout la famille, dans la petite cour de la maison de Nolay.

De gauche à droite, en bas : Henri Basse (fils de sa soeur Alice), Marie Proudhon (mère de Camille), Pierre Develle (père de Camille), sans doute Alice, la soeur de Léon, entre Alice et Camille je ne sais pas, les mariés, ?, Adeline Henry (seconde épouse d’Edmond Roussel), peut être Alexis Basse, le mari d’Alice, Edmond Roussel et ? . Derrière : Louise, la soeur d’Alice et derrière son mari Théo Petit, ?, sans doute Octavie Develle la soeur de Camille. Encore derrière, je ne sais pas. Pour les deux petits garçons, je pense que celui de gauche est André Basse, le deuxième fils d’Alice.

Voici l’acte de mariage :

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(Transcription : « L’an 1898, le 3 août à 10 heures et demie du matin, par devant nous (etc …) commune de Nolay (…) se sont présentés publiquement en la mairie le sieur Roussel Auguste Léon, âgé de 31 ans, célibataire, lieutenant au 25 ème régiment d’artillerie, domicilié à Stenay, Meuse, né à Verdun sur Meuse le 22 novembre 1866, (…) fils majeur et légitime de Roussel Claude Edmond, sous ingénieur des Ponts et chaussées, domicilié à Verdun sur Meuse ici présent et consentant et de défunte Marie Henriette Gélasie, décédée à Verdun sur Meuse le 10 août 1873, ainsi que nous l’avons constaté sur l’extrait de son acte de décès produit, procédant par autorisation de Monsieur le Ministre de la Guerre recevant permission en date du 26 juin 1898, d’une part et Demoiselle Develle Anne Marie Camille, âgée de 31 ans, célibataire, sans profession, domiciliée à Nolay, née à Cormot le 16 juin 1867 ainsi que nous l’avons constaté sur l’extrait de son acte de naissance produit, fille majeure et légitime de Develle Pierre et de Prudhon Marie, tous deux propriétaires et domiciliés à Nolay ici présents et consentants d’autre part. (etc …) Le contrat a été passé par devant Maître Batault Xavier, notaire à Nolay à la date du 2 août courant, ainsi que le constate un certificat délivré par cet officier ministériel. (…) en présence des sieurs François Raoul Charles Marie, âgé de 44 ans, chef d’escadron, commandant l’artillerie de la quatrième division de cavalerie domicilié à Stenay, Meuse, Chevalier de la légion d’honneur, ami de l’époux; Basse pierre, âgé de 40 ans, conducteur des Ponts et Chaussées, domicilié à Verdun sur Meuse, beau-frère de l’époux; David Emile, âgé de 60 ans, ancien avoué, domicilié à Beaune, officier d’académie, ami de l’épouse; Batault Xavier, âgé de 49 ans, notaire, domicilié à Nolay, ami de l’épouse lesquels ont signé avec nous, ainsi que les époux, le père de l’époux, les père et mère de l’épouse après lecture faite. »)

Léon à l’époque de son mariage est donc lieutenant à Stenay, au 25ème régiment.

Un autoportrait où l’on peut voir son appareil photo !

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Les deux jeunes époux :

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Ils ont deux enfants : Suzanne, ma grand-mère, en 1899 et Cécile en 1901.

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Il est capitaine à Lyon en 1900, puis à Clermont Ferrand en 1903. En 1910, il est au 48 régiment.

En 1913, on le nomme chef d’escadron du 47 ème régiment.

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Voici un récapitulatif de sa carrière qui a été fait en 1925, lorsqu’il est devenu Commandeur de la légion d’honneur :

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En 1910, il fait une conférence sur le manuel de tir allemand. En voici le début et la fin !

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Pendant la guerre, il était commandant, puis lieutenant colonel depuis 1917 et enfin colonel en septembre 1918.

Voici quelques documents militaires.

Des plans et des cartes :

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Des informations dur les combats :

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Des rapports ou notes de Léon sur l’évolution de la situation :

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(Transcription :« Etat-major de la 6ème armée. Situation le 23 octobre au soir. A l’aile gauche, la bataille continue dans les mêmes conditions qu’hier. Si l’ennemi a progressé sur quelques points, notamment autour de la Bassée et au Nord de (?) nous avons par contre avancé sur d’autres et très sensiblement dans la région entre Armentières et Lille, dans celle de Longemark (est du front …) et à l’est de … . Il s’agit donc dans l’espèce des fluctuations inévitables de la ligne de combat qui se maintient dans son ensemble .Les pertes sont sérieuses de part et d’autres, mais sensibles surtout du côté allemand. Les forces alliées opérant entre le canal de la Bassée et … ont fait hier un millier de prisonniers au total. Sur le reste du front, les Allemands ont tenté plusieurs attaques de jour et de nuit, elles ont toutes été repoussées. Sur plusieurs points, nous avons au contraire progressé légèrement et notre artillerie lourde a éteint le feu de plusieurs batteries. En …, nos progrès ont continué dans la direction du bois de … et dans le bois de  la P…. A ce sujet, il y a lieu de signaler à nouveau qu’on ne doit pas ajouter foi aux bulletins officiels de l’Etat major allemand. Le bulletin de presse publié hier par ce dernier prétendait que nos attaques sur les hauteurs au sud de Thiancourt avaient été repoussés avec des pertes pour nous très considérables. En réalité, notre offensive dans cette région n’avait pu se maintenir sur tous les points atteints au cours de son mouvement en avant, mais elle n’en avait pas moins dans l’ensemble  conservé la majeure partie du terrain qu’elle venait de conquérir. Ce matin, un parlementaire allemand envoyé au Commandant de l’armée opérant dans cette région a demandé de la part des autorités allemandes un armistice pour enterrer leurs morts et enlever leurs blessés. Le commandant de l’Armée a renvoyé le parlementaire et fait reprendre immédiatement l’attaque. Notre nouvelle progression nous a permis d’obtenir le résultat que les allemands recherchaient dans son armistice et a démontré en même temps l’inanité des succès que s’attribuent nos adversaires. »)

La guerre quoi …

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En 1914, son ami le lieutenant colonel Tomasini meurt au combat. J’en avais déjà parlé car sa fille Suzanne était très amie avec les filles de l’officier, et en avait par conséquent été affectée. Léon s’est donc renseigné pour savoir si on savait où était son corps.

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Une lettre à sa fille Cécile de 1916 :

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Transcription : « Le 13.2.1916. Ma chère petite Cécile. Ta bonne grande lettre vient de m’arriver en même temps que la lettre suivante de ta maman; sa carte m’était arrivée hier. Je la reçois dans mon petit village plein de boue au nord de Bar, car nous sommes partis hier matin par la neige et la pluie, nous avons traversé Bar dans sa plus grande longueur et nous sommes arrivés ici vers une heure de l’après midi. Nous y sommes très serrés et pas bien du tout. Je suis chez le Maire qui ne me parait pas complaisant et je le laisse tranquille. Les habitants qui ont vu la troupe continuellement exploitent les soldats atrocement. Un village voisin est complètement détruit par les Boches qui l’ont incendié entièrement à l’aide de pompes à pétrole. »

Léon et ses deux filles : Suzanne, à gauche et Cécile, à droite.

Nice 1918

Une citation pour le régiment en 1917 :

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« Régiment de premier ordre, toujours sur la brèche. A montré en toutes circonstances ses belles qualités d’audace et d’énergie, conservant malgré des fatigues extrêmes et des pertes sévères, toute sa valeur technique, tout son allant, toute sa souplesse. Hautement pénétré du soucis d’appuyer toujours et au plus près son infanterie, lui a permis de barrer la route à l’ennemi, à Verdun, en février 1916, de le refouler sur la Somme en septembre, au delà de Bouchavesnes. Enfin en Champagne, le 16 avril 1917, sous le commandement du lieutenant colonel Roussel, a ouvert le chemin à la division par des feux puissants et précis, dans une progression de 3 km, jusqu’à Bermericourt (décision du général commandant en chef.) »

En 1917, Pétain lui remet la croix d’officier de la légion d’honneur.

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Une lettre je crois de son beau frère Basse (mari de sa soeur Alice), pour le féliciter :

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(Transcription : « Bar le Duc le 14 juillet 1917. Mon cher Léon, J’ai appris avec grand plaisir par les journaux de ce matin ta promotion d’officier de la légion d’honneur et je m’empresse de venir t’adresser toutes mes félicitations. C’est une satisfaction qui est toujours agréable à enregistrer. Rien de nouveau depuis que nous nous sommes vus. J’ai toujours de plus en plus d’occupations, les arrivages s’accroissent de plus en plus et je ne parviens pas à mettre tout en ordre faute d’ouvriers. Nous avons toujours des alertes, mais il ne passe que des avions isolés. On s’acharne à tirer dessus mais sans résultat bien entendu. On a déjà dépensé des milliers d’obus en pure perte. Je trouve que c’est bien sot de s’obstiner à envoyer des projectiles sur un avion qui passe à très grande hauteur et se trouve hors d’atteinte aussi celui)ci s’en soucie fort peu, il vient, revient, vire tout à loisir sans aucun danger. Les Russes ont l’air de vouloir se remettre en route. Cela durera-t-il ? Ce serait bien à souhaiter. On accumule toujours du matériel et des hommes sur Verdun (?) a l’air de faire une grande préparation. Je t’embrasse de tout coeur. »)

Il obtient après la guerre en 1925 le titre de commandeur de la légion d’honneur :

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Il obtient aussi le 1er octobre 1920 la croix de St Stanislas de Russie et en 1932 la médaille interalliée de la victoire :

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Après la guerre, il appartient au 184 ème régiment de Valence. Voici quelques photos du livret du régiment :

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Léon au milieu des officiers.DSC02599

… et des sous officiers.

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Il est à la retraite vers 1928 (vers 60 ans). Il s’installe alors à Dijon où il fait construire une maison.

Le voilà très fier au volant de sa voiture !

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Il profite alors de ses petits enfants et devient un grand-père gâteau !

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Voici un extrait du film, toujours tourné par mon grand père René, le gendre donc de Léon :

On le voit avec sa fille en 1925, puis au mariage de sa fille Suzanne, avec son premier petit fils André, en promenade familiale. Il y a une longue scène où on le voit avec ses trois petits enfants, vers 1937 je pense, en train de jouer à la guerre entre les meules de foin (on n’est pas militaire pour rien …), puis lors d’un voyage en Yougoslavie et enfin en train de ramasser du raisin vers 1947.

Quelques photos de ces années d’après guerre :

vers 1936

avec les parents quatre grands parents et tante Cécile

Avec ses trois petits enfants André, Jacqueline et Monique.photo 14 - copie Nolay 1939 avec Mme Barret

communion Jacqueline vers 1942JPG communion de Monique 1940

Il aime jouer à des jeux de société, notamment au bridge, il aime les livres et bricoler.

Le voilà vieillissant avec sa petite soeur Louise (Tantine) :

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Ou avec son arrière petite fille Catherine :

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Au côté d’une de ses nièces (Thérès Petit ?) et de sa soeur Louise :DSC02993

Et avec sa fille Suzanne :

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Il décède le 21 janvier 1957 à 90 ans.

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Il est enterré à Nolay.

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Victor Belin (Sosa 12)

Je continue avec mes arrière grands pères,Victor est le troisième, c’est le père de mon grand-père maternel.IMG_20150910_0001 - copie 2

Amable Victor Belin est né le 20 janvier 1859 à Charbonnières-les Vieilles en Auvergne, dans le Puy de Dôme, dans le hameau de Lailes (ou Laisles). Il est le fils d’Antoine Belin, propriétaire terrien, 23 ans et de Mathilde Andrieux, 26 ans.

Voici son acte de naissance malheureusement de piètre qualité !Capture d’écran 2015-09-10 à 11.57.42

Il a eu un grand frère Antoine Jean né en 1857 mais qui est décédé en 1859 à 21 mois alors que le petit Victor a juste un mois. D’ailleurs, sur l’acte de décès du petit Antoine Jean, il y a une rature : l’officier d’Etat Civil avait  écrit le nom d’Amable Victor comme enfant décédé, tellement il était courant que les enfants décèdent peu après la naissance …

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Puis Victor a une petite soeur Antoinette née en 1861 et un petit frère Antonin né en  1863 qui tous deux se marieront et auront des enfants. C’est amusant de voir que tous les enfants sauf Victor portent le prénom ou dérivé de leur père Antoine : le petite Antoine Jean, Antoinette et Antonin !

Puis je cite le fameux cahier de mon grand père René dont je vous ai parlé la dernière fois :

« Saint Myon était le centre de la famille du côté Belin; y habitaient le grand-père de Victor [un autre Antoine Belin] et sa mère [Antoinette Mignot, l’arrière grand mère de Victor donc]. La maison était grande, avec de vastes pièces de chaque côté d’un corridor central. La façade principale sur laquelle se trouvait une statuette ou alors un dessin donnait sur une cour qui s’ouvrait sur la rue par une grande porte. Derrière, un jardin. Victor y passa une partie de sa petite jeunesse. Son père avait émigré à Laisle au moment de son mariage pour surveiller les biens de sa femme. (…) Alors que les propriétés de Laisles étaient assez concentrées, jusqu’à un certain point veux-je dire, celles de St Myon s’étendaient sur Artonne et des communes voisines et, comme il était alors de coutume dans la Limage riche, étaient plus ou moins morcelées : je ne sais plus le nombre de parcelles sur St Myon, était ahurissant ! ». 

Le petit Victor a donc beaucoup habité avec ses grands parents, comme René le dit plus loin : « Il vivait alors chez ses grands parents à St Myon ». 

C’est à cette époque, lorsque Victor a environ huit ans, qu’il assiste au déraillement de train que j’avais évoqué dans mon précédent article. Je laisse René rapporter ce que son père Victor lui a raconté :

« Trois ans avant la guerre de 1870, soit vers 1867, Victor avait été témoin d’un événement qui bouleversa l’opinion en Auvergne et dont j’ai encore toujours entendu parler autour de mes dix ans. La catastrophe ferroviaire de Pont-Mort. Cette catastrophe, une de premières de l’époque des chemins de fer, et due, sans doute, à un écartement des rails, avait fait plus de 300 morts presque tous originaires de l’Auvergne, et plus spécialement des régions de clermont, Riom et Issoire. Ambert compta quelques victimes. Voici le récit de Victor, témoin involontaire mais au point :

Il vivait alors chez ses grands parents à St Myon. Ce jour-là, il y avait une foire ou fête à Maringue et le grand-père décida de prendre avec lui son petit fils. Victor s’en réjouissait beaucoup parce que ces réunions à Maringue étaient très réputées et pleines d’intérêt. De St Myon à Maringue, il faut compter de 25 à 30 km. Ils partirent donc en voiture (à cheval !) et traversèrent la voie ferrée Paris-Clermont, la seule qui existait à cette époque, non loin d’un petit bourg, nommé la Moutade. Ce bourg est pour nous intéressant car c’est là que les Belin, vraisemblablement émigrés de Franche Comté, ont du s’installer autour du XVIème siècle et, faisant souche, envoyer leurs rameaux dans diverses directions auvergnates. C’est ce que le Directeur du plus grand Journal d’Auvergne et qui portait notre nom avait exposé à Victor. Pendant la Révolution et l’Empire, une branche avait encore fait souche à la Moutade. Il y avait dit-on autour de 12 ou 14 enfants dont 7 ou 8 firent toutes les campagnes militaires pour se retrouver ensemble dans celle de 1815. Cette branche a, parait-il, complètement disparu.

Quelques centaines de mètres plus loin, l’heure du passage du train approchant, – et pour un habitant de Saint Myon lorsqu’il est encore un enfant, voir passer l’express est un événement- le grand-père arrêta un instant son attelage comme le train approchait, Victor le vit brusquement s’arrêter et les wagons comme monter en l’air pour s’écraser les uns sur les autres. On se précipita. Lui était resté dans la voiture. Son grand-père revint. Victor se souvenait encore de son visage tiré, et il lui dit : « Petit, on part, ce ne sont pas des choses à voir pour toi. « 

En cherchent un peu, j’ai trouvé sur le site de la bibliothèque municipal de Lyon un article du Petit Journal Lyonnais datant du 8 juillet 1871 et qui semble bien correspondre à notre accident !

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Bon, la date n’est pas la bonne à quatre ans près (Victor a donc 12 ans) , mais c’est bien au même endroit ! La violence de l’accident est bien réelle, six wagons complètement broyés, … Mais le bilan n’est pas le même : 5 morts au lieu de 300. Le journaliste indique en effet : « C’est la difficulté de dégager ces wagons et de se rendre un compte exact des malheurs qu’on avait à déplorer qui a donné lieu aux rumeurs exagérées et invraisemblables qui, à  Riom comme à Clermont, causaient une impression si pénible. » Il nomme alors les victimes et les blessés, pour mettre fin aux rumeurs !!!

Victor et son grand père ont donc été témoins d’un accident extrêmement impressionnant et qui a fait beaucoup parler, mais pas aussi meurtrier qu’il a été dit ! (à moins que la presse n’ait caché la vérité pour ne pas faire mauvaise presse aux trains qui étaient encore une nouveauté !Mais quand même … 300 morts, ils n’auraient pas pu cacher ça comme ça ! )

Puis, j’ai trouvé plusieurs documents nous montrant que le jeune Victor à la même époque était pensionnaire à l’institution libre de St Gervais située à Lachaux, à 45 km à l’est de Saint Myon (et à 58 km de Lailes où habitent ses parents »), dans un « pensionnat-curé » comme dit René dans son cahier.

Ces documents datent de 1868 à 1870, Victor a donc été dans cet établissement au moins lorsqu’il avait entre 9 et 11 ans.

Il a écrit plusieurs lettres à ses parents. En voici deux. On y lit notamment : « Je veux commencer dès l’instant répondre à vos soins, votre fils sachant que le succès seul et non les promesses peut vous satisfaire, ce sera un bon moyen d’adoucir le chagrin que mon départ a causé à ma maman qui sera bien consolée et bien contente de voir à la place de son fils enfant revenir un grand garçon ! »

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Il y écrit aussi : « Je suis très content d’avoir commencé le latin, je crois que je serai d’abord familiarisé avec lui. Nous sommes cinq dans ma classe. » J’ai d’abord pensé qu’il était dans une toute petite classe de 5 élèves, mais ça signifie peut-être qu’ils sont 5 dans la classe à faire du latin ?

On y voit aussi que sa famille (parents, frère et soeur) viennent lui rendre visite régulièrement . Il donne alors son linge à laver. A quelle fréquence rentrait-il chez lui ? Je ne sais pas.

Il semble bon élève puisqu’il obtient un « témoignage de satisfaction » pour avoir très bien récité sa leçon !

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Sur le cahier de mon grand père René, on peut lire  les souvenirs de Victor de la guerre de 1870 (il a 11 ans) :

« Les souvenirs de Victor touchant la guerre de 1870 étaient assez rares. C’était surtout ceux de vacances parce que pendant qu’il était en pension avec d’autres enfants chez le curé de Châteauneuf près de Mandat, il avait eu des gelures très graves aux pieds et que ses parents avaient décidé de le garder à la maison. 

Trois souvenirs marquent Victor pour cette période. D’abord l’arrivée des vacances. Son père avait été le prendre à son pensionnat-curé. Une course de 20 à 30 km. Au retour, ils s’arrêtèrent à mi-chemin, et mon grand-père [Antoine Belin, le père de Victor] lut ou acheta un journal. Et après, il s’en vint vers Victor et lui dit : « Un grand malheur ». Etait-ce l’annonce de la bataille de Spicheren, des défaites de Wissembourg ou de Froeschwiller, Victor ne s’en souvenait pas. Mais c’était à coup sûr l’un des trois. »

Bon, j’ai un peu cherché sur Wikipedia pour m’y retrouver :

  • bataille de Wissembourg : 4 août 1870, première bataille de la guerre.
  • bataille de Forbach-Spicheren : 6 août 1870, à la frontière près de Sarrebruck. L’invasion allemande découle directement de cette bataille.
  • bataille de Froeschwiller (ou Reichshoffen): 6 août 1870. Les prussiens sont en gros avantage numérique (3 pour 1), il y eut de nombreuses victimes, dont un grand nombre d’officiers.

« A quelques temps de là, ils descendirent en Limage et en traversant la voie ferrée, ils virent un train arrêté dans une partie de la voie ferrée en tranchée. Des soldats, descendus de wagons, faisaient les cent pas et certains semblaient énervés. Beaucoup portaient des uniformes bizarres. On disait « les turcos » en parlant d’eux. Ce devaient être des troupes qui remontaient d’Afrique et qui furent probablement engagés à Sedan. « 

Alors, la Limage : c’est une grande plaine du Puy de dôme autour de la rivière de l’Allier et de la Dôle.

les Turcos, ce sont des tirailleurs algériens ou tunisiens appartenant à l’Armée d’Afrique qui dépendait de l’Armée de terre française.

Voici un dessin représentant un « turco » que j’ai trouvé sur le site Antan.

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Quant à la bataille de Sedan, le 1er septembre 1870, ce fut une victoire décisive de l’armée prussienne entraînant la capitulation de l’empereur Napoléon III et la chute du Second Empire.

« Pendant l’hiver, le grand événement pour Victor fut l’annonce du départ de Gambetta de Paris en ballon. Pendant plusieurs jours, Victor monta à la côte du Gour (de Taxent) en compagnie de son petit frère. Antonin allait alors sur ses 6 ans. Et l’un et l’autre, armés de fusils de bois, attendaient, guettaient l’arrivée du ballon. Pour eux, il ne pouvait atterrir à une autre place qu’à Laisle ! »

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(caricature trouvée sur le site contreculture)

Nous sommes le 7 octobre 1870. Après la chute de l’empire, un gouvernement provisoire se met en place et Gambetta s’arroge le ministère de l’intérieur. Paris est alors aux mains des Prussiens. Il essaie de se rendre à Tours pour organiser la Résistance et pour ce faire utilise le ballon, unique moyen pour échapper au blocus. Mais le vent l’entraîne vers les troupes prussiennes qui tirent sur le ballon. Gambetta, pensant mourir, crie « vive la République ! » mais il est sauvé par des paysans ! Ilprend alors le train pour arriver jusqu’à Tours !

Nos deux petits Victor et Antonin pouvaient donc attendre avec leurs fusils de bois, Gambetta n’avait pas l’intention de se rendre en Auvergne !!!

Un autre souvenir de Victor à peu près à la même époque : une rencontre inquiétante …

« Victor, quand il avait 12 ou 13 ans, rentrant de classe un soir d’hiver, était suivi, toujours à la même distance, par deux silhouettes canines dont les yeux brillaient dans la pénombre,s’arrêtant quand il s’arrêtait, réparant quand il repartait. Mais se rapprochant insensiblement. A l’allure, il reconnut des loups. Il prit un bâton et de temps à autre se retournait tout en marchant, en faisant des moulinets, qui incitaient les deux bêtes à ne pas trop s’approcher. »

Puis il va au collège Ste Marie de Riom. Sur un courrier, on y apprend qu’il y est allé trois ans avant son frère Antonin. Hors, ils ont 6 ans d’écart. Pourquoi n’y est-il pas allé avant ? En allant sur le site de ce collège qui existe toujours, j’ai trouvé un historique très intéressant. On y apprend que le collège a été fermé quelques temps au moment de la guerre de 70 pour recevoir les blessés de l’Armée de la Loire. Mais bon, ça n’a duré que quelques mois. Victor,lui,  y est entré en 1873,  à 14 ans. A partir de cette époque, on enseigne aux élèves l’école du soldat et le maniement de fusils (en bois je crois).

Quelques années après, il est bachelier en sciences et en lettres.

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Il continue ses études et devient docteur en droit.

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Il devient alors receveur de l’enregistrement et des domaines. Comme je ne savais pas bien ce que c’était, je vous ai trouvé ça :

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Bon, j’ai pas tout compris mais c’est un emploi administratif !

A cette époque, il habite Bellegarde dans le Loiret (si vous n’êtes pas meilleurs que moi en géographie, le Loiret, c’est au sud de la région parisienne). Une trotte pour notre auvergnat ! C’est certainement son travail qui l’a amené là-bas.

Le 28 mai 1888, il se marie à Ambert (toujours le puy de Dôme)l’âge de 29 ans avec Marie-Louise Jarleton qui, elle, a 22 ans.

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J’ai également l’acte notarié qui nous montre que ce sont deux familles riches qui s’allient !

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Je ne vous le mets pas intégralement mais on y apprend ce que chaque futur époux apporte en dot : Marie-Louise apporte en dot son trousseau d’une valeur de 5000 francs et une somme de 50 000 francs qui lui viennent soit de ses parents, soit de son grand-père maternel Jacques Gamonet. Le futur époux, lui, apporte en dot des terrains : terres ou vignes à la Moutade, à St Myon, d’une valeur d’au moins 40 000 francs.

Cet acte se fait en présence : « du côté du futur époux, Monsieur Antoine Belin, propriétaire à Charbonnières les Vieilles, frère du futur époux; Madame Antoinette Belin et Monsieur Léopold Blanche, son mari, propriétaires demeurant ensemble à Artonne, soeur et beau-frère du futur époux ; Monsieur Maymat, Juge de paix du canton de Lavoutte Chilhac, demeurant à LAvoutte-Chilhac, ami du futur époux et Monsieur Etienne Clémentel, surnuméraire de l’Enregistrement et des domaines, demeurant à Riom, aussi ami du futur époux (rajouté au crayon à papier : ministre des finances). Du côté de la future épouse : Madame Geneviève Louise Faidides, veuve de Monsieur Régis Jarleton, sans profession, demeurant en la ville d’ambre, grand mère paternelle de la demoiselle future épouse ; Madame Marie-Victoire Jarleton et Monsieur Auguste Grimaud, son mari, conducteur des Ponts et Chaussées, demeurant ensemble à Vichy, oncle et tante de la demoiselle future épouse; Madame Pauline Grimaud et Monsieur Louis Chabrier, son mari, licencié en droit, receveur de l’enregistrement et des domaines, demeurant à Bois- Commun (Loiret), cousins germains de la demoiselle future épouse, Monsieur Benjamin Artaud, propriétaire, demeurant en la ville d’Ambert, grand oncle de la demoiselle future épouse ; Monsieur Philippe Déchet, maire de la commune d’ambre, membre du Conseil Général du Canton d’Ambre, demeurant aussi en la ville d’ambre, cousin de la demoiselle future épouse ; Monsieur Jacques-Marie Pélisson, expert géomètre, conseiller municipal de la commune d’Ambert, demeurant aussi en la ville d’ambre, cousin de la demoiselle future épouse ; Monsieur Robert Douvreleur, notaire à Lezoux et Madame Douvreleur amis de la demoiselle future épouse (…) » .

On voit donc que la famille Belin est une famille de propriétaires terriens ayant de vastes domaines et que la famille Jarleton est une famille riche de notables de la ville d’Ambert. Le cousin Philippe Féchet dont on parle, maire d’Ambert et cousin de la jeune épouse, avait légué à sa mort toute sa bibliothèque à mon grand père René qui, étant donné son amour des livres, en avait été très heureux !

On y voit aussi que c’est sûrement par Louis Chabrier, le mari de la cousine germaine de Marie-Louise, que les deux jeunes gens se sont rencontrés puisque Louis est un collègue de Victor qui demeure à Bellegarde, là où Victor était parti travailler, dans le Loiret.

Voici une photo du cousin Louis Chabrier :

Louis Chabrier

Et j’ai une liste de cousins à raccrocher à l’arbre !

Les jeunes mariés habitent d’abord plusieurs années (combien de temps ?) à Jargeau, dans le Loiret.

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Cinq ans après le mariage, leur fils unique René naît à Ambert, dans la maison de ses grands parents Jarleton, le 8 juillet 1893.

Mais il habitent encore à Jargeau quelques temps.

Puis, certainement quand le métier de Victor le permet, ils s’installent dans la ville de Marie-Louise, à Ambert. Ils habitent 15 boulevard Sully.

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Voici une carte de cette rue adressée au petit René par une « Marie-Anne Jarleton » à resituer.

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Victor aimait chasser, voici son permis de chasse de 1910. Il a 51 ans. On peut y lire sa description : il mesure 1m75, est grisonnant et puis … tout le reste est moyen ou ordinaire  !

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Plus tard, certainement après la mort de son père Antoine en 1912 et parallèlement à son travail, Victor gère les domaines familiaux.

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Voici par exemple le « bail à ferme » d’un domaine  à la Cartade sur la commune de Marat datant de 1919 entre Victor et un dénommé Claudius Lafarge.

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Voici deux lettres datées de 1919 et 1928 d’un nommé Joseph Béal, fermier travaillant pour lui à la Cartade :

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« Marat, le 24 octobre 19. Cher Patron, je repont a votre letre. Je ne peut pas vous anvoyé votre beure de sitte semaine car j’ais deux vaux en se moment mis ses jour si il an par un je le ferais tous de suite que je pourai si vous pouvé atandre vous nous ferais plaisir bien le bonjour à touse. Béal. « 

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« Marat, le 13 novembre 1928. Bien cher Patron. Je vous écris ses deut mot pour vous dire que je sui rendu a la Cartade de votre domaine alors cher Patron, J’ai vu le Notaire ses jour si et j’ai retiré mai papier et puis M. Baas (?) ma dit que je navai au cune récolte de porté sur le bail et que nous avont un reçu a vous donné pour nous entenir de nos afaire alors voila se que j’ai reçu de la farge 14 mile (?) de fion [foin ! ] et 120 quintot de paile et 100 double décalitre de seigle voila le tous … »

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« Vot fermier, Béal Joseph a la cartade dans bat »

Mais certainement cette gestion n’était pas simple, les bâtiments se dégradent.

Voici un courrier de 1932 d’un expert montrant que Victor chercher à vendre la Cartade, qui est en mauvais état et d’un « aspect lamentable ».   DSC02679

Et voici plusieurs affiches, l’une est datée de 1932, les autres je ne sais pas, mais sûrement vers la même époque, où l’on voit que Victor cherche à affermer ou à vendre ses terrains, à la Cartade ou à Laisles ;

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Voici une de nouveau un film tourné par mon grand père René où l’on voit Victor et sa femme Marie-Louise, puis au mariage de René, puis avec leurs petits enfants André, Monique et Jacqueline. On voit aussi très bien le domaine de la Cartade et Victor entouré de ses fermiers en 1927  (ce passage est à 1min 40 pour la Cartade et 2min24 pour les fermiers et leur famille). A 3 min 15, on voit le boulevard Sully où est située leur maison à Ambert.

On le voit ici en haut à gauche, vers 1935 je pense, avec ses petits enfants qui posent avec leurs quatre grands parents.

avec les quatre grands parents

En 1935, voici une lettre que Victor écrit à son fils René.

IMG_20150910_0004IMG_20150910_0005Il parle des rhumes des enfants (la petite « Kiki », c’est Jacqueline, ma mère, qui a alors 3 ans !), de la santé de Marie-Louise. Il parle politique et élections. Il parle aussi de l’affaire du Comte qui doit ennuyer René, certainement à son travail (il est magistrat), une affaire de sentier ! « Mais le bonhomme est timbré, et sérieusement piqué ! J’espère bien que vous lui donnerez ce qu’il mérite ! S’il n’avais pas content, il n’avait qu’à faire appel. (…) Nous revoyons très bien l’endroit et le sentier qui monte au château ! ».

avec les parents quatre grands parents et tante Cécile - Copie

Et puis il s’inquiète de la politique internationale …

« Que dire de la politique intérieure et extérieure. (…) A l’extérieur, que penses-tu? Pour moi, c’est évident. La guerre ! Mais quand?- Lorsque le Reich aura terminé ses armements.- Mais pas pour cette année.- Mais d’ici là, il peut survenir des événements imprévus. Et dire qu’on avait désarmé l’Allemagne, que Wilson a crée la Société des Nations ! Et voilà le Reich aussi fort qu’auparavant. »

Au niveau politique, il est radical (c’est à dire plutôt centriste je crois) et ma famille me l’a décrit comme quelqu’un de « très ouvert ».

Il décède à Ambert le 15 novembre 1937 d’un cancer, à l’âge de 78 ans.

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Il est enterré au cimetière d’Ambert.

Les souvenirs de René et de ses ancêtres …

Dans toutes les familles, il y a des souvenirs plus ou moins anciens qui se racontent, l’histoire de la grand mère à qui il était arrivé ceci ou cela. Moi, j’ai de la chance, une partie de ces souvenirs ont été notés ! C’est mon oncle André, le frère de ma mère, qui il y a environ 40 ans je pense, a demandé à son père René Belin (mon grand père) de noter toutes les histoires familiales dont il se souvenait !P1000291

Et il y a une vingtaine d’années, j’avais emprunté ce cahier à ma tante pour le photocopier. Riche idée !P1000292

Mon oncle avait ensuite classé ces souvenirs dans l’ordre chronologique et les avait tapés à la machine. Je les reprends donc et j’ajoute quelques post it pour savoir à quel ancêtre ces souvenirs font référence.P1000293

Ainsi, mon grand père se souvient de ce que ses grands parents lui ont raconté, ou de ce que les grands parents de ses grands parents avaient raconté à leurs petits enfants (vous suivez ?).

Ce qui fait que par exemple un petit pâtre, enfant, avait été témoin de certaines scènes en 1789 et que devenu vieux il les a racontées à mon arrière grand père qui lui même les a racontées à mon grand père René ! Ca vient de loin ! Il y a ainsi des récits de la bataille d’austerlitz, l’arrivée de soldats russes en 1814 dans leur campagnarde auvergnate, la visite de George Sand dans leur ville … Un sacré voyage dans le temps !

J’utiliserai des extraits lorsque je parlerai de tel ou tel ancêtre !(En fait, j’ai remis le nez dedans parce que j’essayais de raconter la vie de Victor Belin, le père de René, et que je me suis souvenue de ce cahier !)

Allez, deux extraits « historiques » :

La bataille d’Austerlitz racontée par le beau frère de Victor Belin, mon arrière grand père (le mari de sa soeur Antoinette) :

« L’empereur était immobile. Autour de lui, ses officiers d’état-major. Il levait le bras et le premier venait prendre les ordres et ainsi de suite. Vers le milieu de la journée et alors que la bataille battait son plein, lui descendit de cheval et se fit étendre une couverture. « La bataille est gagnée » dit-il, et il s’allongea. Il s’endormit tandis que le combat continuait de se dérouler. »

ou une catastrophe ferroviaire vers 1867 dont a été témoin le jeune Victor :

« Quelques centaines de mètres plus loin, l’heure du passage du train approchant, – et pour un habitant de Saint Myon lorsqu’il est encore un enfant, voir passer l’express est un événement- le grand-père arrêta un instant son attelage comme le train approchait, Victor le vit brusquement s’arrêter et les wagons comme monter en l’air pour s’écraser les uns sur les autres. On se précipita. Lui était resté dans la voiture. Son grand-père revint. Victor se souvenait encore de son visage tiré, et il lui dit : »Petit, on part, ce ne sont pas des choses à voir pour toi. »

Ces souvenirs sont donc un témoignage historique passionnant, mais me donne aussi des renseignements sur la vie de mes ancêtres bien sûr ! Je vais donc essayer d’exploiter tout ça, sachant que les « légendes » familiales ne me garantissent pas une absolue exactitude, et que cela risque d’être enjolivé ou exagéré ! (pour l’accident de train, dans ce que j’ai trouvé sur internet, il y a eu 5 morts, dans le récit du cahier, 300 morts !!! Est-ce que c’est le même ? Mais bon, 300 morts, j’en aurais trouvé des traces quand même ! …)

 

J’ai mis des extraits du cahier dans les fiches de :

Léon Roussel

Victor Belin

Ernest Jourdan [Sosa 10]

On continue du côté de mes arrière grands-pères ! Après Firmin, je vous parle d’Ernest Jourdan. C’est le grand-père maternel de mon père mais il ne l’a pas connu, il est mort un an avant sa naissance.

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Ernest (plus précisément Etienne Ernest) est né à Courthézon dans le Vaucluse le 22 septembre 1859.

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(Transcription : « L’an 1859 et le 22 septembre à 5h du soir devant nous Adrien Ernest Blanchard, adjoint à la mairie de la ville de Courthézon, département du Vaucluse, faisant fonction d’officier de l’état civil (….) a comparu le sieur Daniel Jourdan, moulinier en soie, âgé de 42 ans, domicilié à Courthézon, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin né aujourd’hui à 3 heures du matin, dans la maison d’habitation cise en l’enceinte de cette ville, rue du four neuf, de lui déclarant et de Adélaïde Alizon, son épouse, âgée de 32 ans, ouvrière en soie, ayant même domicile , et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Etienne Ernest, les dites déclarations et présentation faites en présence de Sieur André François Dubois, ferblantier, âgé de 29 ans et Joseph Léon Dupuy, maçon, âgé de 31 ans, domiciliés à Courthézon, témoins qui ont signé (…) ».)

Il est donc le fils de Daniel Jourdan et Adélaïde Alizon qui sont ouvriers en soie. Il a trois grandes soeurs : Alix (née en 1854), Ernestine (née en 1855), Fanny (née en 1856) et une petite soeur Berthe (née en 1862).

A cette époque, la ville de Courthézon comprend environ 3500 habitants. Ils habitent dans le centre, rue du four neuf.

Puis, je ne sais quand, ils vont au Teil en Ardèche (environ 2500 habitants à l’époque).

Ernest travaille comme cultivateur.

Puis, à 21 ans, appelé par tirage au sort, il commence son service militaire le 13 novembre 1880 et jusqu’au 1er octobre 1884. 4 ans donc. Voici son carnet militaire :

IMG_20150906_0011 IMG_20150906_0012  IMG_20150906_0014  IMG_20150906_0016    IMG_20150906_0020  IMG_20150906_0021

On y apprend qu’il appartenait à la 19ème section d’infirmiers militaires et qu’il était à Alger pendant 4 ans.

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IMG_20150906_0015Ci dessous une carte de la caserne de la Salpêtrière (trouvée sur internet je ne sais plus où …). Cette caserne est un bâtiment turc. Elle a un temps servi de poudrière puis elle a abrité longtemps la 19ème section d’infirmiers militaires. Elle est située face à la mer.

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Il a eu une période d’instruction militaire en 1880, a eu quelques entraînements de tirs.

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Voici les mentions qui sont notées sur son carnet :

« 1881 : Bon infirmier.

1882 : Très bon infirmier.

1883 : Excellent infirmier sous tous les rapports.

1884 : Chargé de la cuisine. Infirmier de confiance bien zélé. »

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Il est aussi noté sur son livret qu’il sait lire et écrire.

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Voici la description physique qu’on y trouve :

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Il est châtain foncé, a une fossette au menton, mesure 1m63 et a des marques de la petite vérole (ou variole).

Voici son certificat de bonne conduite :

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Il rentre ensuite au Teil où il redevient cultivateur. Peu après, à quelques années d’intervalle, il perd son père puis sa mère.

Le 21 avril 1894,alors âgé de 34 ans,  il épouse au Teil Maria Angelina Charbonnier qui elle a 26 ans.

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(Transcription: Mairie du Teil. L’an 1894, le 21 avril à midi, paravent nous (…) ont comparu publiquement en la maison commune : Etienne Ernest Jourdan, cultivateur, né le 22 septembre 1859 à Courthézon (Vaucluse), domicilié au Teil, fils de feu Daniel Jourdan et de feue Adélaïde Alizon, ledit comparant étant libre et majeur, et Maria Angelina Charbonnier, sans profession, née le 1er mai 1868 à Sceautres (Ardèche) domiciliée au Teil, fille de Cyprien Charbonnier cultivateur au Teil et de feue Delphine Charbonnier, la dite comparante ayant le consentement de son père ici présent, sa mère étant décédée.  Lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux. Les futurs époux ont dit qu’il n’y a pas été fait de contrat de mariage. (…..) en présence de Marius Ranchain, 45 ans, maçon au Teil, non parent des futurs, de Paul Courrent, employé au chemin de fer au Teil, non parent des futurs, de Léopold Charbonnier, 22 ans, chaufournier à Viviers, cousin de la future, et de Félix Charbonnier, 35, cultivateur au Teil, frère de la future. (…) »)

L’année suivante, ils auront une fille unique : Maria Jourdan (ma grand-mère).

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On voit dans l’acte de mariage qu’un cousin  de son épouse, Léopold, est chaufournier, ce que lui-même deviendra par la suite (peut-être en suivant l’exemple de ce cousin). En quoi cela consistait-il ? Il était employé à l’entreprise de chaux et ciments de Lafarge, à Viviers, au sud du Teil.

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Il était ouvrier et avait un travail pénible et exposé à la poussière de chaux qui tapisse les toits des maisons alentour, mais aussi les voies respiratoires et les pores de la peau des ouvriers.

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Ernest était très estimé de Monsieur Auguste Lafarge qui était un patron « à l’ancienne mode », plutôt paternaliste.

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La fabrication de la chaux s’est développée en Ardèche parce qu’il y avait la matière première et les itinéraires d’écoulement.

Capture d’écran 2015-09-08 à 14.01.43L’usine Lafarge est à l’avant garde puisqu’à cette époque se développe une cité ouvrière avec église, magasin géré par les ouvriers, école, cours du soir pour les adultes, salle d’escrime, aires de jeux (boules et quilles). Environ 9o familles habitent sur leur lieu de travail.

Ernest était protestant. Il a mené une vie digne et très stricte. Il votait radical socialiste (qui était alors un parti intermédiaire entre la gauche et la droite).

Il sait bien écrire, comme on peut le voir sur cette carte envoyée à un de ses cousins en 1917. IMG_20150906_0009

Le voilà avec son épouse Maria Angelina et sa fille Maria.

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Il décède à Mélas (commune du Teil) le 6 novembre 1925 à 66 ans d’insuffisance cardiaque, probablement due à l’inhalation de cette poussière de chaux pendant toutes ces années.